L’aquarium: Revue Rimbaud 33

Son premier roman « amitiés », publié chez le même éditeur, explorait déjà un suspens troublant, efficace et des atmosphères étranges. Tout y commençait par un banal départ en vacances et basculait soudainement après la rencontre de la narratrice, de son mari et de leur fillette sur une aire d’autoroute avec un personnage avenant qui s’incrustera dans leur vie et la parasitera dans une inquiétante atmosphère, faisant un peu songer au film « Harry, un ami qui vous veut du bien ».

Dans l’aquarium, l’histoire débute par l’achat d’une maison par un couple. Mais peu à peu, les défauts et les vices cachés de la maison apparaissent. Les réparations et les travaux à effectuer, la présence prégnante des anciens propriétaires dans les lieux, la solitude et les insomnies dans la grande maison fragilisent l’équilibre de l’héroïne. Elle devient peu à peu spectatrice de son ancienne vie. Elle s’enfonce dans des profondeurs de plus en plus anciennes, mêlant angoisses, intuitions, illusions optiques, troubles de la mémoire, distorsion de la réalité. Mais le doute s’insinue, peut-être l’héroïne est-elle victime de manipulations et d’une machination?

A l’instar de la narratrice prise au piège, le lecteur tombe dans l’engrenage du récit sans presque s’en rendre compte, captif de cette atmosphère étrange. Le rire, l’angoisse et l’absurde voisinent et accompagnent diaboliquement cette lente plongée en spirale. Michèle Astrud fascine le lecteur par son art d’avancer sur place en creusant ses interrogations, pour mieux le piéger au cœur de sa toile densément tissée par la puissance d’une phrase aiguë, retorse, insistante, épousant au plus près les tours et les détours de l’imaginaire de la narratrice. Il demeure néanmoins dans ce deuxième roman comme dans le premier des passages superflus et gratuits, diminuant l’unité du récit.

Peut-être est-ce l’étrangeté qui séduit d’abord, dans l’univers romanesque de Michèle Astrud, cette façon de pousser aux limites de la folie, cette manière d’enfermer le lecteur, sans la moindre échappatoire, Michèle Astrud possède un univers bien à elle et une écriture pleine de promesses.

Marie Josée Christien

Revue Rimbaud n°33 (2004)

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