Les vitres et les vitrines

   Au milieu du trottoir la foule est agressive, elle force le passage et je ne trouve pas ma place. Des jeunes, des familles, des hommes d’affaires, des citadins bruyants qui s’imposent et occupent le haut du pavé. Malgré moi, je frôle les murs, je baisse les yeux. Un homme me bouscule d’un coup d’épaule et c’est moi qui doit m’excuser, courber l’échine, regarder le trottoir, le gris du béton, les pavés poussiéreux. Un rayon de soleil brûlant glisse sur ma peau. Soudain, je relève la tête et croise un reflet dans une vitrine. Un reflet que j’ai du mal à reconnaître. La peau pâle. Les yeux tristes et fatigués. Les cheveux déjà gris et clairsemés. Un homme inconnu et pourtant ce n’est pas un étranger. Il me fixe avec indifférence et je me fige, immobile devant la vitrine, pendant quelques secondes, sans comprendre. Puis je reconnais le visage de mon père. Les yeux de mon père. Ce regard triste et indifférent. Mon père est devenu un autre. Il a tout oublié, jusqu’à mon existence. Je me détourne brusquement effrayé. J’accélère, je m’enfuis. De vitrines en vitrines, le reflet paternel me poursuit.

IMG_2376

Bilbao/ Musée Guggenheim

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