Critique Libfly (1)

Critique d’Evlyne publiée sur Libfly le 13 juin 2014

Je remercie la Maison d’Edition « Les Forges de Vulcain » pour l’envoi de « Le Jour de L’effondrement » de Michèle Astrud . Ainsi qu’à Libfly et Yomu pour cette opportunité merveilleuse.
Michèle Astrud, auteure de plusieurs livres, agrégée de génie civil à Rennes sait lier les mots aux édifices. Ce livre est un subtil mélange de son savoir professionnel et de sa qualité d’écriture.
Comment les deux tours pourraient t’elles s’effondrer aussi symboliquement sans cette connaissance érudite de l’urbanisme et de ses aléas et sans fibre littéraire ?
D’emblée, les mots se stigmatisent sur la problématique urbaine, et ses habitants quasi-fantomatiques. Michèle Astrud écrit comme si elle regardait les tours par petites touches, intenses et légères à la fois. Les phrases courtes à la Duras, imposent le roman contemporain, moderne. Ce récit se lit comme le rythme du courant du fleuve. Peu à peu on est transis de froid, d’inquiétude. Le courant nous emporte dans ce réalisme. Nous échappons de par son art narratif à la fiction. Quand deux tours effondrées symbolisent l’humanité éprouvée, reste la liberté de suggérer sans rien imposer. Forger avec maîtrise l’Art d’écriture de Michèle Astrud et la matière conceptuelle « Des Forges de Vulcain » dans le concret cartésien d’une mouvance nuancée de gris. L’histoire, aussi prégnante que « Sa Majesté des Mouches » de Golding est angoissante. Deux enfants, adolescents, s’aiment, dans l’exclusivité de la force sentimentale, au paroxysme. Nous ne connaîtrons jamais les prénoms. Car ils sont nous et eux à la fois. La folie du non-dit fera basculer ces deux êtres. L’un voulant partir, vers un nihilisme. Un départ au fond de lui-même, et au bout du monde, dans cette quête existentialiste, mais écorchée. Il n’en aura pas le temps. Son ami étrange adolescent admiratif de ce dernier sait qu’il ne sera jamais que la copie pâle de son ami. La violence actée, va bousculer le récit vers l’ambiguïté de l’incertitude. Le rapport de force entre ces deux êtres symboliquement sera la mort. Le point-virgule est posé. Michèle Astrud impose le flouté. Elle ne nomme pas, n’accuse pas. On devine, ou pas, on voit, ou pas, l’un disparu, volontairement ou pas.
Page 135 : « Il s’accuse, il explique qu’il veut mourir. Mais, il ne dit pas pourquoi. »
Son ami reviendra cinq ans après sur les lieux de son enfance marbrée. Quête initiatique, plus qu’exutoire, la fragilité ambivalente de l’adolescent devenu un homme brisé, s’effondrera comme les deux tours. Il fera le deuil de son geste imaginaire ou pas. Il repartira, le fardeau déposé sur la glissière de l’autoroute. Le fleuve charriant les épreuves violentes d’une initiation quasi-impossible à la vie. Reste au lecteur, la vision de dos, de l’ami partant, au même rythme final des tours effondrées à jamais.
C’est un livre poignant, superbement bien écrit, fidèle aux convictions éditoriales de « Les Forges de Vulcain »

 

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