Armes blanches

Au collège, il y a des armes dans les sacs de sport ou les poches de certains élèves : des rasoirs, des couteaux, des coups de poings américains (je ne connaissais même pas le nom, c’est ici que je l’ai appris, une ligne de plus sur mon carnet de vocabulaire) pour les garçons et des bombes d’autodéfense aux gaz lacrymogènes pour les filles.
Ils ne les cachent pas, au contraire, ils les exhibent à l’extérieur, sur le parking des bus, à deux mètres du portail, juste devant le bureau du gardien qui semble devenu, en cours d’année carrément sourd, aveugle et muet, et qui ne réagit jamais.

Moi, je n’ai pas d’armes, juste mes ongles, qui les remplacent avantageusement. Ils sont si durs, coupants et acérés que je dois même faire attention à ne pas me griffer lorsque je m’habille. Je suis obligée de les laisser ramollir dans de l’eau tiède avant de pouvoir les tailler. Ce sont de vraies petites armes blanches avec lesquelles je ne fais jamais patte de velours comme les chats, au contraire, je suis toujours toutes griffes dehors, sur la défensive, prête à bondir et à écorcher.

Extrait « Souris Grises »  Édition Entrepont

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