Entretien (2)

Entretien avec Michèle Astrud – Deuxième partie (juillet 2014) – par Viviane du Guiny, éditrice « Aux forges de Vulcain ».

Viviane du Guiny, éditrice : Depuis quand écrivez-vous ?

Michèle Astrud : J’écris depuis presque trente ans. C’est devenu une discipline presque quotidienne, comme certains font du sport.

V.G. – Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ? Quelles sont vos sources d’inspiration ?

M.A. – Ce sont la révolte et la colère qui m’ont poussée à écrire, du moins au début. La colère et la révolte des modestes, des discrets. Une colère et une révolte qui m’habitent depuis l’adolescence. Les personnes qui me côtoient au quotidien seraient sans doute très surprises que je me définisse ainsi : colérique et révoltée. Pourtant, cette révolte a éclairé mes précédents livres et il me semble qu’elle éclate avec plus de violence encore dans Le Jour de l’effondrement où elle trouve enfin son apaisement.

Quand à mes sources d’inspiration, elles mêlent étroitement les souvenirs personnels et la vie quotidienne.

Tout au début de ma vie d’auteur, je croyais devoir fuir cette banalité. J’inventais des histoires compliquées, d’improbables scénarios d’anticipation et d’aventures. Mais cela ne me convenait pas, je n’étais pas à l’aise. J’ai découvert une auteure qui a beaucoup compté, il y a plus de quinze ans maintenant : Yoko Ogawa et son livre La Piscine. Tout était là : la simplicité et l’analyse cruelle et minutieuse des petits faits, des petits gestes. Depuis, le quotidien est devenu une source d’inspiration inépuisable. Il me semble que l’heure la plus banale de notre vie – une promenade en ville, le travail au bureau – peut largement contenir mille pages. J’exagère à peine.

V.G. – Comment écrivez-vous ?

M.A. – Je n’ai pas vraiment de règle, ni d’habitude. J’essaie juste d’écrire le plus régulièrement possible.

Quand j’ai du temps disponible, je peux travailler sur mon texte quatre à cinq heures par jour. Certaines fois, je n’écrirai qu’une ligne ou deux ou je ne ferai que relire la dernière page.

Bien sûr, il arrive que je n’aie absolument aucun moment à y consacrer et que je n’ouvre pas mon fichier pendant plus d’un mois. Je me suis habituée à ces irrégularités dans mon rythme de travail et je trouve même qu’elles ont des effets bénéfiques, elles me permettent de prendre du recul.

V.G. – Pouvez-vous me parler de quelques romans qui ont beaucoup compté dans votre parcours d’écrivain ?

M.A. – En premier je placerais Poussières d’Amériques, mémoires sauvées du vent de Richard Brautigan. C’est ce livre qui m’a littéralement mis le pied à l’étrier. J’avais vingt-deux ans, je terminais mes études. J’avais en tête ce rêve secret d’être écrivain, mais je n’écrivais pas. J’ai commencé en ayant en tête les textes de Richard Brautigan, ceux de James M. Cain, Erskine Caldwell.

Plus tard, il y a eu Yoko Ogawa, La Piscine et Hôtel Iris, avec laquelle j’ai découvert la poésie de l’écriture dans la simplicité et l’analyse minutieuse des situations quotidiennes.

Un troisième auteur, dont les textes sont pourtant très différents des miens, et dont je ne me lasse pas de lire et relire les trop peu nombreux ouvrages est W. G. Sebald.

Je peux citer aussi Carson McCullers avec Frankie Adams. C’est un livre que j’ai adoré et dont l’écriture sincère et sans aucune concession m’a beaucoup inspirée pour les premiers écrits sur la fin de l’enfance, l’entrée dans l’adolescence.

Enfin, je ne peux pas oublier Annie Ernaux, l’une de mes auteures fétiches, que j’ai lu avec tellement d’intensité qu’il me semble que certains de ses souvenirs sont devenus les miens.

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