La grappe de raisin

Mon grand-père vivait dans une grotte.

Je me souviens d’un ermite à barbe blanche, reclus au fond d’un jardin, du bruit et de la fraîcheur d’une source, sa seule richesse. Il cultivait la vigne et les figuiers. J’ai gardé peu de photos de lui. Je ne sais même pas où je les ai rangées, je ne les regarde jamais. Il n’y en a qu’une seule, en noir et blanc avec fin liséré découpé en zig-zag que j’ai gardée dans un tiroir de mon bureau.

J’étais une toute petite fille, de quatre ou cinq ans ; sur ses genoux. Il était assis sur la margelle en pierre douce de la source. Sa main gauche, sombre et noueuse, était posée sur mon ventre, sur le fin coton de la robe en broderie anglaise. Sa main droite soulevait une magnifique grappe de raison. Nous tendions notre bouche, souriant tous les deux, moitié en regardant l’objectif, moitié en observant les grains lourds et brillants que nos lèvres touchaient à peine.

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