Les petits matins brumeux

Je hais les petits matins brumeux. Les réveils déchirants. Réellement, ils coupent comme des rasoirs la peau fragile des paupières. Du rouge et du bleu gris s’estompe autour des yeux, même pas besoin de maquillage. L’éveil est douloureux comme le tranchant d’une lame affleurant les pommettes. Le visage supplicié. L’eau trop chaude dans la salle de bain. Pas le temps de déjeuner. Et de nouveau, le trajet en métro. La mallette trop lourde portée à bout de bras. Le sous-sol, les longs couloirs, l’odeur de cave et d’humidité, les lumières ternes sur les quais. La nuit n’a jamais existé. Pas de repos, pas de répit. Un homme joue de l’harmonica. Toujours le même clochard affalé sur le bitume, les cheveux blancs, le visage décoloré comme s’il ne voyait jamais le soleil. Il ne le verra pas aujourd’hui.
La voie aérienne flotte pendant quelques minutes dans un brouillard dense. Juste le temps de figer nos visages blancs de spectres, surpris par ce flash brutal, agressif, avant de replonger dans l’obscurité terreuse du tunnel. Le matin, nous ne sommes mêmes plus des grands singes entravés de chaînes et de menottes, nous avons tout perdu de la vie. Ne reste qu’une imposture : des bousculades, des grognements, une course sans fin dans le couloir obscur, réussir à tenir debout dans le grondement de la rame qui freine brusquement en s’approchant du quai.

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