Vol de nuit

Je ne vole plus sur mon tapis magique. Je ne prends plus jamais l’avion, ni le téléphérique, mes pieds restent solidement ancrés sur les pavés, les trottoirs citadins. Je voyage en tramways, en bus, en métro. Je n’aperçois le ciel sombre et les miroitements rouges et brutaux du soleil couchant qu’au crépuscule, quand le wagon s’arrache enfin à l’air poisseux du sous-sol et débouche à l’air libre, pour glisser pendant les derniers kilomètres sur la ligne aérienne.
Je suis épuisée, obligée de rester debout au milieu de cette foule compacte, pas de risque de m’envoler, de disparaître à travers le toit de la rame et de flotter au-dessus de la ville

Un tailleur gris, une jupe étroite. Une mallette noire aussi large et lourde que celle d’un médecin de nuit. L’ordinateur, l’agenda. Un vieux livre de poche, Vol de Nuit, coincé entre deux dossiers. Impossible de le sortir du sac sans déranger les autres voyageurs. Les bras tendus, les épaules écartelées, accrochés aux montants métalliques de la rame, ballottés, secoués, nous ressemblons à de grands singes domestiqués, des acrobates de la jungle arrachés à leur espace naturel, dépouillés de leurs instincts sauvages, appauvris, abêtis, transformés en moutons de Panurge.

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