Mille mètres

Mille mètres de dénivelé en perspective et j’adopte dés le départ ce pas court et cadencé de montagnarde. Pas d’essoufflement, le cœur cogne paisiblement au creux de la poitrine, la cadence est régulière, des petits pas, nets et prudents, se succèdent comme les perles nacrées d’un collier, que l’on prend plaisir à laisser lentement glisser entre ses doigts.
Le regard balaye régulièrement le sentier, repère les obstacles, les trous et les rochers instables qui ne doivent pas perturber le rythme de la montée. Je n’ai pas de canne ni de bâtons, juste mon sac sur le dos et mes deux paumes glissés sur les accroches au niveau des aisselles. Les bras bien calés, le tête baissée, j’observe attentivement les dénivellations du chemin, les creux et les embûches, j’anticipe les mouvements des jambes, les appuis, les impacts. J’observe des racines affleurantes des arbres, elle serpentent entre les pierres, forment des marches irrégulières et parfois perfides, des barrages à l’intérieur desquels la terre est plus sombre, humide et glissante.

Une pause toute les demi-heure. Pas vraiment pour reprendre son souffle, non, le souffle n’est jamais perdu, mais pour détendre les muscles des cuisses qui commencent à tirailler et à brûler. Une jambe tendue, l’autre pliée à 90°, le pied posé sur un emplacement en hauteur, le dos baissé, les mains s’appuient sur le genoux et massent les tendons, les articulations qui paraissent brusquement si dures, indestructibles.
Une pause pour contempler le panorama, relever enfin le front, dénouer le cou, tourner la tête, observer la vallée, le point de départ. Ignorer la voiture qu’on peut encore apercevoir, là-bas, derrière les arbres, et qui nous attendra toute la journée sur le parking de la mairie.
Le plan du village commence à apparaître. L’enchevêtrement des ruelles s’éclaircit, la position des portes moyenâgeuses prend tout son sens maintenant que nous nous sommes élevés au-dessus du commun. Nous découvrons les jardins cachés derrière les hauts murs de pierre, une piscine bleu turquoise, une maison d’architecte à l’ossature de métal bardée de verre, un cloître de monastère adossé à la vieille église, une roseraie, une fontaine, des jardins potagers, quelques silhouettes discrètes égarées dans les rues. Nous sommes partis trop tôt, aucun commerce n’était encore ouvert, sauf la boulangerie dont l’arrière-cour embaumait l’odeur du pain frais.
Le battement des cloches retentit brusquement. Il interrompt notre contemplation et nous incite à repartir. Le rythme est le même que celui de nos pas. Grave et éclatant, le son rebondit longtemps entre les flancs arrondies de la montagne, envahit les alpages, s’écoule entre les troncs imposants des mélèzes.A4 décembre 07

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s