Le chéri de ces dames

Partout dans le monde, les femmes sont en moyenne plus petites que les hommes. Le dimorphisme sexuel de taille, comme l’appellent les scientifiques, n’est cependant pas universel. Il y a des espèces animales où les femelles sont plus grandes que les mâles : les baleines bleues, par exemple. Ce qui veut dire que le plus grand mammifère  du monde est non seulement la baleine bleue, mais la femelle baleine bleue.

Les hommes sont-ils prédestinés à toujours nous dominer de 15 cm en moyenne?

Le problème, c’est que la plupart des données historiques sont issues des registres des conscrits, et que les femmes, qui n’effectuent pas leur service militaire, sont exclues de ces études anthropométriques.

On ne sait pas si Lucy était un mâle ou une femelle! On l’a qualifiée de femelle car son squelette était plus petit que d’autres retrouvés à côté qu’on a décrété être des mâles. Pourquoi les petits seraient des femelles et les grands des mâles? Chez les primates, il existe des cas où les femmes sont plus grandes que les mâles. On pourrait aussi être en présence d’espèces différentes, donc de taille différente.

En fait, on tourne en rond et la question reste ouverte. Le fait est que certains scientifiques sont tellement sûrs que les mâles doivent être plus grands qu’ils ont décidé que Lucy était une femelle. Ce préjugé est tellement ancré dans nos têtes qu’il peut brouiller l’analyse scientifique!

Étudions maintenant la théorie de l’évolution. Les scientifiques ont supposé qu’une mutation sur les gênes liés à la taille ne serait active que chez les hommes. Cette mutation a produit un homme plus grand,  et a transmis cette grande taille à ses fils, pas à ses filles. Cette grande taille est avantageuse, elle se propage chez les hommes uniquement.

Mais pourquoi justement une grande taille serait avantageuse pour les hommes?

Elle serait un atout pour survivre ou pour se reproduire.

Darwin parle de loi du combat. Les hommes serait-ils comme les cerfs,  les plus grands seraient les plus forts au combat?

En effet, pour certaines espèces comme les cerfs ou l’antilope, la compétition entre les mâles engendre la sélection de caractères qui vont donner l’avantage à la taille. Le problème  c’est que cette évolution a un coût. Plus votre taille est importante, plus vous allez manger. Lors de pénuries alimentaires sévères, les mâles les plus grands vont souffrir et ont beaucoup plus de chances de mourir avant les femelles plus petites. La preuve qu’un avantage n’est pas toujours bénéfique. Comment peut-on expliquer cette contradiction?

Typiquement, dans les espèces polygynes où un mâle s’accouple avec plusieurs femmes, les mâles sont plus grands que les femelles.

Il existe des espèces où mâles et femelles font à peu près la même taille. Dans les espèces monogames comme le gibbon, où en théorie les partenaires restent ensemble toute une vie, il n’y a pas une forte sélection pour l’augmentation de la taille des mâles et donc il n’existe pas de différence de taille entre mâle et femelle. C’est le cas de tous les mammifères strictement monogames.

Mais dans l’espèce humaine, les hommes sont légèrement plus grands que les femmes. Cela suggérait-il qu’à un stade de notre évolution nous avons été largement polygames?

Dans ce cas, il aurait fallu que, comme les cerfs, ils aient des armes pour se battre, ce qui devrait laisser des traces dans leur corps, car chez les primates, quand les mâles sont en compétition pour les femelles, la sélection favorise le développement d’armes qui les aident à vaincre l’adversaire: cornes, griffes, bois, dentition chez les grands singes.

L’homme n’a pas de longues canines. Comme pour le bonobo, elles sont de la même taille pour les hommes et pour les femmes.

Les hommes les auraient perdues  quand ils ont cessé de s’affronter pour les femmes, mais il existe toujours une force qui fait évoluer différemment la taille des hommes et des femmes et qui n’a donc plus rien à voir avec cette sélection due à  la loi de combat.

Il existe un autre type de sélection sexuelle : le choix de son âme sœur… Et si le grand était le préféré, le chéri de ces dames.

Darwin avait observé que dans beaucoup d’espèces, ce sont les femmes qui choisissent leur partenaire. Du coup, les mâles rivalisent en couleur, chant et parfois en taille pour s’attirer leurs faveurs.

Les femelles ont en général une préférence pour les mâles plus grands, ceux-ci produiront donc plus de descendance que la moyenne, ce qui amplifiera la différence.

Ce serait donc les femmes qui, en préférant les grands, créent elle même la différence de taille, un comble!

La taille idéale est précise: 1 mètre 82

L’avantage du grand est qu’il est désiré par toutes les autres. Ce choix est rassurant, puisqu’il est partagé, on ne peut pas toutes se tromper en même temps. L’homme grand serait aussi plus fort, il gagnerait mieux sa vie et serait capable de la protéger, elle et ses enfants, des autres hommes.

Pourtant les femmes ne sont ni faibles, ni fragiles, et dans la plupart des cultures, les femmes ont un travail aussi dur et fatiguant que les hommes, souvent plus pénible et  continuel, avec rarement de repos. Mais les sociétés ont toujours mis en avant le travail de l’homme, en considérant celui des femmes comme subalterne.

Nous n’avons toujours pas de réponse à notre question, le problème c’est qu’aucun des modèles qui expliquent la taille des mâles ne fonctionne vraiment dans notre espèce. La question est peut-être mal posée?

Quand on écrit: pourquoi les mâles sont-ils plus grands que les femelles?, cela implique que la femelle est un point de comparaison passif et que la sélection naturelle agirait sur le mâle pour le rendre plus grand.

Mais on peut aussi renverser la question: Pourquoi les femelles sont-elles plus petites que les mêles ?

La première étude scientifique sur les femmes mammifères plus grandes que les mâles date de 1976, ce qui est très récent, et elle est passée quasiment inaperçue! Katherine Ralls (1m 65, zoologiste) a mené cette recherche. Elle souligne que dans beaucoup de cas, on a établi un rapport entre une grande taille et le fait d’être un bonne mère: protection des petits, raison énergétique avec accumulation de graisse pour mieux allaiter même en cas de manque de nourriture ou de grands froids. Elle note que le coût énergétique de la lactation est très élevé et les mâles n’ont  pas à le supporter, bien sûr.

Il vaudrait donc mieux être grande quand on est une femelle mammifère. Il est aussi avantageux de concevoir un bébé avec le cerveau le plus gros possible et de le garder in utéro plus longtemps pour qu’il ait le temps de bien se développer. Contre toute attente, les femelles humaines auraient un avantage à grandir bien plus, les femmes ont donc intérêt à être grandes. Mais il faut aussi réussir à mettre au monde ces bébés à gros cerveau avec un bassin étroit bien adapté à la course et à la marche ce qui oblige à des ajustement extrêmement précis. Parmi les primates nous sommes les espèces avec la plus forte mortalité maternelle. Dans les pays médicalisés, les femmes petites, à bassin étroit, accouchent maintenant sans problème, avec une césarienne dans 15% des cas. Mais dans les pays les plus pauvres, une femme par minute meurt suite à des problème obstétricaux. Dans les zones où sévit la malnutrition, une femme de moins d’1m50 à deux fois plus de risques de ne pas pouvoir accoucher.

La sélection obstétrique devrait donc conduire à ce que normalement les femmes soient plus grandes que les hommes dans notre espèce. Ce serait une sélection naturelle optimale. Elle n’a pas eu lieu. Qu’est-ce qui a pu limiter leur taille au risque de les voir mourir en couches?

Dans toutes les espèces, les individus de petites tailles survivent mieux en cas de disette.

Mais si c’était autre chose que le manque de nourriture, mais l’accès à la nourriture qui serait en cause?

Les anthropologues observent une lutte entes les sexes pour la nourriture, surtout si le mâle est plus gros. Chez les gorilles, même en cas de profusion, les mâles évincent les femelles qui n’ont qu’à aller voir ailleurs. Chez les chimpanzés, il y a une réelle compétition pour la viande.  Ce sont les mâles qui chassent et même si une femelle arrive à attraper une proie, les mâles  s’en emparent. Les femelles n’ont quasiment jamais accès à la viande. Elles souffrent de la présence des  mâles à leurs côtés et elles ne peuvent rien y faire. Il ne leur reste que les insectes et les jeunes pousses pour assurer leurs besoins en protéines, alors que ce sont elles qui allaitent!

Dans l’espèce humaine, ce sont surtout les femmes qui ont besoin de viande. Pendant les périodes de grossesse et d’allaitement, elles ont besoin de 30% de protéines de plus que les hommes et de 5 fois plus de fer. Les hommes ont surtout besoin de glucides, la viande pour eux n’est donc pas indispensable.

Traditionnellement, les hommes sont servis les premiers, les garçons avant les filles, souvent les filles n’ont même plus de viande. Parfois les femmes sont végétariennes, mais pas les hommes. Françoise Héritier (1m 63, anthropologue) raconte qu’au Burkina-Faso, les bébés sont nourris de façon différentielle. On fait boire de suite les bébés mâles quand ils pleurent, alors que les bébés filles peuvent attendre. Une femme ne sera jamais satisfaite dans la vie, alors il faut lui apprendre la frustration dès le départ.  Ce dressage passe par l’alimentaire.

La FAO a constaté que les femmes souffrent deux fois plus de malnutrition que les hommes et les risques de décès chez les filles sont deux plus fois importants. Les discours de justification des inégalités alimentaires reprennent l’idée que ce sont les garçons qui ont besoin d’être grands et pas les femmes. C’est une organisation de la pénurie, qui n’est plus une compétition brute entre un mâle et une femelle qui se disputent la nourriture, qui vaut pour une vie entière, qui se perpétue de génération en génération, de manière culturelle,  et qui  devient un ordre sociale systématique.  C’est très facile pour ceux qui ont le pouvoir de décider que les autres ont moins besoin qu’eux.

Nos corps seraient donc l’expression concrète d’une inégalité imposée depuis des millénaires et qui perdure, sans que rien ne la justifie.

Source:  Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes ?

Origine : ARTE    Pays : France    Année : 2013

Il est vrai qu’on a énormément de mal à imaginer que la chose pourrait être inversée, que les hommes soient plus petits, un monde où dans la rue, vous verriez l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui.

Et si justement, on imaginait ce monde là, un monde où les femmes choisiraient systématiquement des hommes plus petits qu’elles et grâce au miracle de l’évolution, elles finiraient par être plus grandes que leurs compagnons.  Après combien de générations?

 

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