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à lire sur http://www.actusf.com/spip/Nous-entrerons-dans-la-lumiere.html

Une France apocalyptique
La France n’est plus qu’un paysage dévasté par la sécheresse et les épidémies, rythmé seulement par la fuite des hommes et des restrictions de plus en plus fortes. Dans une banlieue désolée, un homme reste pour ne pas abandonner sa fille, placée dans une institution pour enfants malades après avoir été victime d’une agression, l’année de ses huit ans.
Cinéaste et photographe amateur, il tente de capturer les restes d’humanité d’un monde violent en pleine déréliction et de reconstruire, au cours d’un voyage sans retour, son lien avec sa fille.
La lumière de la mémoire
C’est un beau roman, qui place en son cœur les questions de la mémoire (celle qui s’enfuit, celle que l’on recouvre, celle que l’on tisse à deux voix) et de l’art comme échappée belle, comme moyen de reconstruire et maintenir la société en état de marche.

Dans un univers hostile, étouffant, qui se barricade sur son propre échec, le narrateur et sa fille, Chloé, mènent une quête émouvante contre l’oubli qui menace d’anéantir la mémoire souffrante de la jeune femme. La photographie leur permet de se ré-apprivoiser, de se comprendre et de reconstruire, par fragments éblouis, un peu de sens dans le monde déliquescent qu’ils parcourent. Chloé se fait femme, sous l’œil mécanique de son père, et révèle peu à peu sa personnalité profonde et les racines de l’évènement traumatique qui les a séparés. Quant à la société qu’ils fuient jusqu’à ses confins, elle se réinvente à travers les pellicules du narrateur, jusqu’à ce ne reste plus que sa lumière crépusculaire, hantée de visages délinquants.

L’écriture de Michèle Astrud est assez cinématographique : elle se déploie comme une suite de plans suggestifs, au rythme efficace, qui sait toutefois se perdre dans un lyrisme salvateur : « Je suis le guetteur de la nuit, le gardien des hautes cimes. Je surveille l’arrivée du désert, l’avancée des tempêtes, bientôt la maison sera ensevelie sous le sable. Seuls ceux qui habitent les étages les plus hauts arriveront à survivre. »

Le lecteur amoureux de science-fiction apocalyptique pourra regretter que les causes mêmes de la fin du monde ne soient que suggérées et que le récit se concentre sur les rapports entre père et fille ; les autres apprécieront ce voyage au bout de l’humanité et la plongée dans la mémoire trouée d’une héroïne habilement tramée.

Julie Proust-Tanguy

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