Comme de l’eau de roche

 » Le Jour de l’effondrement:
Pas spécialement optimiste, pas vraiment compatissant avec l’âme tourmentée des personnages…mais superbement écrit, en communion avec une nature intense. J’avais bien aimé le sentiment d’urgence et d’apocalypse de « Nous entrerons dans la lumière », servi par une langue riche et toute en retenue, les mots de Michèle Astrud sont reconnaissables et du plaisir de les lire, je lui suis reconnaissante… 😉  »
http://www.imgrum.org/user/commedeleauderoche/2262066899

Publicités

Les carnets d’une livropathe

https://livropathe.wordpress.com/2017/03/05/nous-entrerons-dans-la-lumiere/

La canicule s’est installée, l’eau devient une denrée rare et les populations sont quasiment livrées à elles-mêmes. Les gens fuient s’ils le peuvent, mais pour aller où ? Dans ce climat de plus en plus hostile, Antoine essaie de survivre. Il photographie ce pays en déliquescence. Il rend visite à sa fille placée en institution. Il laisse son esprit vagabonder, suivant le courant dans lequel les événements le jettent. Ses souvenirs s’emmêlent, ses aspirations également.
Au début, l’atmosphère est très pesante. Un relent de nausée flotte dans l’air alors qu’on apprend à connaître les personnages et on ne sait pas trop où l’auteur nous emmène. Dans ce roman d‘anticipation, ce n’est pas l’Apocalypse en marche qui importe, mais l’aventure humaine d’un homme et de sa fille, êtres fragiles jetés en pâture à la vie. Antoine est homme passif, voire soumis, qui malgré son idéalisme avait tendance à fuir, à rester en dehors de sa propre existence. Il aimerait bien faire, mais toute sa vie il est demeuré tiède, a évité de vivre ses rêves pour ne pas être déçu. Chloé, quant à elle, est restée enfermée une bonne partie de son existence. Elle a grandi sans repères, mais elle veut vivre. La fille est abîmée, mais c’est le père qui est perdu. Ce roman est celui de leur reconstruction alors que tout s’écroule alentour. Il s’agit plus de psychologie que de survie. Si vous voulez du post-apo, passez votre chemin.
Antoine m’a longtemps mise mal à l’aise. Il observe, agit peu et, de mon point de vue, ne s’intéresse pas à ce qui est réellement important. Il se laisse porter, ses choix n’en sont jamais vraiment. Puis, surtout, j’étais en colère contre ce père négligeant qui n’assume pas ses responsabilités.
Quant à Chloé, personnage fluctuant s’il en est, je n’ai pas réussi à m’attacher à elle plus qu’à son père. Elle oscille entre l’enfant capricieuse et la jeune femme bien trop mâture pour son âge. Elle est intelligente, un brin manipulatrice. Elle garde en elle beaucoup de rancœur. C’est un personnage complexe, très bien mis en scène.
La façon dont ces personnages sont exploités peut surprendre. On adhère ou pas. Pour moi, c’est une rencontre ratée, même si j’apprécie en général les récits initiatiques très axés sur la psychologie. Néanmoins, ce roman possède de nombreuses qualités. Le style est parfois très onirique, donnant l’impression que l’on peut se réveiller à tout moment. L’auteur a su rendre son récit visuel, voire photographique, tout en laissant filtrer les émotions. L’écriture est poétique et intimiste. Les souvenirs des personnages mijotent à la chaleur de ce monde déclinant tandis que l’on voyage à leurs côtés, entre espoir et renoncement. Le road trip commence assez tard, mais ce n’est pas important. Le récit est initiatique même dans l’immobilisme des personnages.
Il est toujours difficile d’expliquer à quel point un roman est bon quand on ne l’a pas aimé soi-même. C’est pourtant le cas pour celui-ci. La faute m’incombe. Cette lecture m’a souvent dérangée, parfois découragée. La réflexion sur la manipulation de la mémoire et des souvenirs, l’aspect très onirique de certaines scènes, m’ont beaucoup plu, mais pas la personnalité des personnages qui pourtant sortent des sentiers battus. Je n’ai pas cru à leur relation chaotique ni à leur histoire et j’en suis désolée car ce roman mérite de trouver son lectorat et d’être apprécié à sa juste valeur.

Bibliothèque de Paris

Antoine est témoin d’un monde qui s’effondre : celui d’une ville et d’un pays touché par le réchauffement climatique où tout est figé et couvert de poussière. Il se lance sur les routes en compagnie de sa fille, Chloé, traumatisée par un drame qui l’a touchée enfant, à la poursuite de son passé. Ce roman nous touche à différents niveaux : un narrateur en proie à la culpabilité et qui cherche à construire son avenir en revenant sur son passé ; une belle relation père-fille qui se renoue, parfois dans la douleur ; une ambiance post-apocalyptique qui accentue la sensation de vide et de nécessité de survie. Une belle découverte !

Avis de Frédérique, Bibliothèque Mohammed Arkoun sur  » Nous entrerons dans la lumière ».

à lire sur: https://bibliotheques.paris.fr/Default/doc/SYRACUSE/1045015

Le monde enchanté de mes lectures

à lire sur http://chroniqueslivres.canalblog.com/archives/2016/07/30/34132838.html
Après avoir lu le résumé, je m’attendais à une histoire qui me retourne émotionellement, et ce fut le cas.

En le lisant, on ressent de la colère, de la rage, de l’abattement, mais aussi beaucoup d’émotions positives que le narrateur nous fait passer à travers son récit.

Lorsqu’il revient des années après, dans cet endroit qui a vu le malheur arriver, qui a vu la mort de son meilleur ami qui quelque part était même un beaucoup plus qu’un ami, il erre tel un zombie en remontant le temps, en se rappelant tout ces événements qui ont amenés au jour du drame.

Nous voguons entre passé et présent, on en vient à s’attacher au narrateur, à cet homme effondre, voir détruit qui recherche finalement un espoir de pouvoir continuer à vivre, une raison valable d’envisager un futur.

Dans ce genre de livre, où ce l’on vit l’histoire à travers le narrateur, j’aime ressentir le fait d’avoir l’impression que j’ai la personne en face de moi, que c’est à moi qu’elle raconte son histoire et non dans les pages d’un livre. Il faut bien avouer que c’est tellement bien réussi, que je ne peux que franchement vous conseiller de vous aussi découvrir cette histoire.

Michèle Astrud a un talent de narratrice comme je n’en ai que rarement lu, en général il y a toujours un petit grain de sable qui vient gripper la machinerie, mais ici je n’ai honnêtement rien trouvé qui pourrait ressembler à ce minuscule grain de sable.

Si vous ne connaissez pas cette auteure, lancez-vous sans aucun doute, je vous la recommande.

Mes madeleines

à lire sur https://mesmadeleines.wordpress.com/2016/07/30/michele-astrud-le-jour-de-leffondrement-collection-litteratures-editions-aux-forges-de-vul

Le Jour de l’effondrement

Roman sur les pulsions de mort

Septembre – Démolition des tours (les habitants en ont été chassés depuis 2 ans) près du fleuve au profit d’une plaine de jeux et de loisirs … C’est le moment qu’un jeune homme d’une vingtaine d’années choisit pour revenir sur les lieux de son crime : il y a 5 ans, il a poussé son meilleur ami dans le fleuve.

Mon avis : Une vie gâchée entre Eros et Thanatos … 

La particularité de l’adolescence (enfin l’une d’entre elles) est de se retrouver pris dans les liens de dépendance non résolus (intrication/désintrication) révélant leur vulnérabilité psychique.

Ici, la vie du héros est tellement insignifiante à ses propres yeux (mais pas aux nôtres) que

  1. il n’a pas de nom,
  2. ses parents/voisins n’ont pas de nom
  3. ses parents et la soeur (Sonia) de son meilleur ami ont couvert son meurtre

Quand le meurtre (non prémédité) donne un sens à la vie, comment réparer l’irréparable ?

Avec un sujet pareil, on s’attendrait à une écriture âpre. Il n’en est rien …

Tout coule (cf le fleuve, lieu du crime), tout roule (cf la moto que son meilleur ami voulait s’acheter et qu’il finira par adopter comme moyen de locomotion privilégié), tout s’écoule tranquillement (de cette tiède tranquilité que le héros voulait fuir à tout prix). Aucun éclat, pas d’esclandre, pas de cris ni de scandale mais un infini pardon qui se reflète dans les flash back de l’écriture.

Un pardon, vécu comme une prison, qui se vit salvateur. Une incompréhension qui perdure ….

Le Jour de l’effondrement par Gregory Mion

à lire sur: http://www.juanasensio.com/archive/2016/08/15/le-jour-de-l-effondrement-de-michele-astrud-par-gregory-mion.html

Un degré plus bas et voici l’étrangeté : s’apercevoir que tout le monde est «épais», entrevoir à quel point une pierre est étrangère, nous est irréductible, avec quelle intensité la nature, un paysage peut nous nier.»
Albert Camus, Le mythe de Sisyphe.

Le Jour de l’effondrement de Michèle Astrud, par Gregory Mion

Pour le dire très classiquement et pour tenter une hypothèse, ce roman (1) de Michèle Astrud donne à voir la tension qui unit les notions de nature et de culture, en insistant d’abord sur la présence inquiétante de grands peupliers, sortes de témoins prodigieux du drame qui s’est joué dans leur giron, statures végétales que l’on a envie d’associer au profil cimenté d’un couple de tours urbaines également plusieurs fois mentionné, évoquant un World Trade Center à la française, point trop haut mais suffisant quand même pour faire naître un sentiment complémentaire de gravité dans cette histoire. La cime des arbres et le sommet des deux immeubles efflanqués sont comme des yeux baissés et profondément raisonneurs, se jaugeant les uns les autres et jaugeant les alentours, sévèrement penchés sur ce paysage hybride de ville et de campagne, paysage dont on apprend dès les premières lignes qu’il a été la scène d’une tragédie presque banale au regard des atrocités existantes : un jeune homme a tué son meilleur ami et il revient sur les lieux de l’homicide après cinq ans d’absence, dans l’intention d’une part de tâter le pouls des moments qui justifièrent et dénouèrent cette amitié, puis d’autre part de mesurer les stagnations ou les changements éventuels des espaces familiers qui ont approvisionné sa vie jusqu’à l’adolescence finissante. On pourrait parler plus simplement d’une boucle qui doit se boucler, d’un nœud qui doit se détendre, peut-être aussi d’une correction obsédante des harmonies autrefois bouleversées, et tout ceci s’accomplira symboliquement lorsque les deux tours seront dynamitées par les ingénieurs de l’implosion (cf. pp. 181-4). Quelque chose ainsi devait définitivement crever, un abcès maladivement tuméfié devait éclater – ce sera enfin le cas «le jour de l’effondrement» (p. 181), les deux tours disparues exigeant des reconstructions personnelles (du moins dans le cas le plus souhaitable), un déménagement de soi catégorique qui n’est pas sans nous instruire d’une métaphore au sens fort du terme.
Ne restent donc debout que les peupliers et l’assassin, mais les premiers ont pris racine tandis que le second s’en va, poursuivant la cadence de sa nature dévastatrice qui semble le condamner à une errance sans fin. Depuis le meurtre initial dont nous ne préciserons rien des circonstances mais sur les motifs duquel nous reviendrons, cet individu auquel le texte ne donne pas de nom paraît tout entier voué au régime de la métaphore filée : image dilatée d’une nature agitée qui perpétuellement se dérange et se réarrange en un faisceau d’aspects redoutables, comme une haute mer où se distinguerait dans chaque vague un nouveau reflet terrible de ce qui gît en son fond. Mû par la violence typique de l’élément naturel déchaîné, ce personnage est une dangereuse contradiction de nos repères culturels, tout autant qu’il en est le cristallisateur puisque son retour dans sa ville d’antan exacerbe un ensemble de difficultés sociales qui ont pu concourir au dénouement fatidique.
En outre, et malgré le risque de formuler une banalité, la vie de HLM a tendance à aggraver les natures prédisposées à la crue pulsionnelle, parce que l’espèce humaine n’est pas faite pour être confinée dans de petits compartiments inélégants, corsets immobiliers qui ne font que servir la rhétorique moderne d’un accès discutable à la propriété. Dans son Émile, Rousseau fait de la liberté de mouvement la condition fondamentale du bon développement physique de l’enfant, rejetant l’usage des vêtements serrés et conseillant les promenades au grand air. Non pas que de telles sorties soient impossibles quand on habite une tour bétonnée, mais elles sont atténuées par la réalité objective d’un habitat qui ne ressemble pas aux logements modestes que Rousseau avaient en tête lorsqu’il s’en prenait aux propriétés démesurées. En d’autres termes, qu’importe la taille du logement pourvu qu’il soit accueillant et qu’il ne soit pas trop éloigné d’une verdure ; il parviendra à contenir et à réguler même les plus coriaces pulsions si l’on prend soin d’être un bon éducateur. Ceci étant, dans le cas de notre assassin, sa nature s’apparente à quelque chose d’incommensurable, par conséquent il eût mieux valu que cet océan impétueux séjourne ailleurs que dans ces tours affreusement longilignes, inappropriées pour ces tempéraments véhéments. En un sens, les mêmes causes produisent les mêmes effets, et Michèle Astrud ne joue pas du stéréotype lorsqu’elle installe les coordonnées socio-culturelles du roman entre un environnement naturel pas franchement convivial (une autoroute se situe à proximité) et une ville sans relief spirituel particulier, mouroir d’une classe moyenne qui n’a pas l’air de pouvoir évoluer. Quoique les composantes relatives aux milieux sociaux soient discrètes dans le livre, car l’essentiel réside dans les tourments intérieurs du criminel, elles n’en sont pas moins habilement distillées, établissant une ambiance proche des films de Bruno Dumont ou des frères Dardenne (2).
Bien que nous l’ayons décrit comme une nature forte, le tueur est plutôt perçu par son entourage à l’image d’un caractère effacé, bon élève sans être brillant, issu d’une famille où les jours se suivent avec une régularité accablante. Par contraste, son meilleur ami est un lycéen remarqué tant par ses résultats que par son comportement de baroudeur, chef de bande, meneur d’hommes, ambitieux qui n’admet pas que son existence se cantonne au cadastre limité de son quartier de jeunesse (3). Les surnoms qui les qualifient sont à cet égard très évocateurs : l’élève populaire est un «tigre», souple de corps et de tête, félin s’insinuant facilement dans les groupes pour mieux les diriger, quant à l’élève plus en retrait, c’est un «vautour», créature sournoise qui attend son heure et qui ne manque aucun détail qui pourrait l’assister dans ses desseins de rapacité (cf. p. 111). Le «tigre» est d’autant plus accrédité dans sa popularité qu’il est aimé des filles, qui lui font un «french cancan» dès qu’il entre en boîte (cf. p. 78). Il n’en faut pas davantage pour tracer entre les deux protagonistes une ligne de démarcation irréversible : d’un côté nous avons la vedette, de l’autre le larbin, le payeur, celui qui tient toutes les chandelles. L’addition de ces déséquilibres instaure un climat de vexations et de jalousies qui conduit le tueur à deux confessions. La première dit ceci : «Je ne l’aimais pas. J’avais besoin de lui» (p. 133). La seconde nous informe qu’il était ulcéré de voir son ami faire ses projets dans son coin, alors que lui ne faisait somme toute que jouer le rôle d’un moyen, d’un levier que l’on active et que l’on abandonne aussitôt le résultat escompté obtenu (cf. p. 165). Peut-on par ailleurs faire de ces deux aveux la matière d’un mobile meurtrier ? Certes les crimes passionnels sont ce qu’il y a de plus fréquent, mais dans le cas de cette relation amicale fiévreuse, un autre motif surgit, en rapport avec Sonia, la sœur de la victime (cf. pp. 110 et 154). Si nous gardons secrètes les circonstances qui rapprochèrent Sonia et le futur assassin de son frère, nous pouvons toutefois révéler que ce nouvel attachement ne fut pas non plus sans heurts et qu’il affiche avec encore plus de certitude la personnalité troublante, pour ne pas dire intimidante, de ce personnage qui oscille entre jalousie morbide et volonté de puissance.
De nombreuses configurations de cette nature détraquée renvoient du reste au héros dostoïevskien Raskolnikov, mais tandis que ce dernier regagne peu à peu l’honnêteté et la société civile après avoir longtemps été perturbé par son double crime, le «vautour» de Michèle Astrud semble au contraire élargir la brèche qui le sépare du monde. Raskolnikov n’est qu’un schismatique temporaire et il possède la capacité de résipiscence; le «vautour», quant à lui, a signé un pacte avec toutes les nuances de la sécession. Il est de ce point de vue plus familier d’un Meursault qui peine à remettre la mort de sa mère, surtout lorsqu’il affirme : «Il y a cinq ans, je l’ai tué. Enfin, je crois… Je ne suis plus sûr… J’ai oublié» (p. 47). De surcroît le crime de l’ami nous paraît encore plus sordide que le crime de l’Arabe, parce qu’il est de toute évidence motivé par des causes qui ne désignent pas la moindre portion d’absurdité camusienne. Ce n’est pas un soleil de plomb qui s’est abattu sur le «vautour» et qui l’aurait forcé à commettre l’irréparable; c’est plutôt lui, ses ailes déployées et son cou tordu, parfaite grimace de l’univers zoologique, qui a fondu sur sa proie en la prenant par surprise. Le geste meurtrier terminal achève ainsi une amitié fondée davantage sur le non-dit et l’ambiguïté que sur des rapports de transparence a priori conformes à ce que l’on est en droit d’attendre d’une liaison amicale. Au tout début du roman, d’ailleurs, cette ambiguïté nous saute à la figure et suscite un malaise qui n’est pas sans rappeler les contextes de prédilection d’un Larry Clark (4), metteur en scène de l’adolescence inassouvie, prompte à la criminalité, au stupre et à la fornication. Nous sommes donc très éloignés de la maxime stoïcienne abstine et sustine, puisque si quelque chose se détache avec vigueur de cette amitié déconcertante, ce n’est que la sensation d’une avide consommation mutuelle, jusqu’à atteindre des satiétés imprononçables qui finissent par pousser à la fatale trahison. En tout cela, le tigre n’aura fait que sous-estimer les ruses du vautour, et lorsqu’il croyait apprécier dans les traits du rapace les manifestations les plus convaincantes de l’acquiescement, il négligeait le double-fond de ce tempérament vindicatif et diablement calculateur. Il se peut alors que l’amitié n’ait été sincère que d’un côté, en l’occurrence du côté de celui qui fut accusé de tout régenter, dans le sillage de ce tigre qui ne se sentait possiblement pas aussi majestueux et qui faisait de son mieux pour satisfaire une grande partie de ses camarades.
Est-ce que pour autant tout est condamnable chez ce meurtrier impie ? Un passage nous suggère de voir en ce monstre un Christ repentant (et sinon pourquoi serait-il revenu ?), un homme battu (au propre comme au figuré) qui monte au Golgotha en parcourant tous les étages de sa via dolorosa (cf. pp. 85-6). Chahuté et frappé par des oiseaux de nuit plus méchants que ceux d’un Edward Hopper, le revenant criminel paraît avoir guetté le moment où il allait être tabassé. Il se repaît de ces bastonnades – soit d’être puni de ce qu’il a fait, soit d’être formellement dérangé. Les deux postures sont admissibles tant il est difficile d’y voir clair dans ce précipité d’humanité mauvaise. Quoi qu’il en soit, la clémence nous inciterait à le pardonner, ce que parvient à faire Sonia selon toute vraisemblance (cf. p. 136), cependant tout concorde pour le charger de ses horribles fautes, et les deux tours effondrées n’ont pas neutralisé la carrure dominante des peupliers, gardiens impitoyables du passé, sombres silhouettes qui continueront de suivre l’assassin à la trace, jusque dans l’eau du fleuve où miroitent les frondaisons de ces grands arbres et où jadis vint flotter le cadavre disloqué du jeune tigre.

Notes
(1) Le Jour de l’effondrement (Éditions Aux Forges de Vulcain, 2014).
(2) L’impression de fatalité sociale due à l’apparence et à l’insalubrité du logement est aussi remarquablement traitée par Andreï Zviaguintsev dans son film Elena.
(3) L’autre contraste pourrait aussi concerner la vie de famille. On apprend en effet que le père de la victime est mort d’un cancer du foie (cf. pp. 93-5). Un tel «accident» de vie aurait peut-être contribué à mettre dans l’existence du tueur de quoi se délivrer du sentiment pesant de la répétition domestique. Plus cyniquement, la mort précoce d’un parent est susceptible de constituer un argument de popularité, un signe distinctif qui pose d’emblée une souffrance et une attitude inhérente d’exclusivité.
(4) Pour avoir une vision approfondie du roman, nous conseillons au lecteur de voir le film Bully (puis éventuellement Ken Park).

 

 

Critique de Leraut sur Babelio

à lire sur http://www.babelio.com/livres/Astrud-Nous-entrerons-dans-la-lumiere/796556/critiques/1021142

Ce roman solaire, brillant, mature, délivre une à une les vagues de souffrance pour atteindre une perfection hors norme. Nous sommes dans la cour des grands. Michèle Astrud maîtrise l’art des mots. Ses protagonistes Antoine et Chloé, père et fille dans cette histoire imprévisible appellent la vie à grands cris. Mais, bien plus que cela Antoine veut délivrer sa fille Chloé de ses vieux démons enfantins.
« Elle tremblait, ses yeux hagards avaient perdu tout leur éclat. Elle ne parlait pas, murmurait quelques mots incompréhensibles. Nous arrivions trop tard. »
Chloé est devenue une enfant brisée par la faute d’ un monstre avide de jeunesse. Ce dernier a terrassé à huit ans sa vie et ce pour presque toujours. Recroquevillée dans les affres des folies d’adulte, elle ne devra sa rédemption qu’à l’initiatique pouvoir de son père Antoine.
Plus que sa propre femme il sera pour Chloé son souffle de vie.
Ce roman quasi fantastique appelle l’écho du chant du monde en échange d’une fraternité travaillée avec tendresse et naturel. Les noeuds ne deviendront que voiles au point ultime et final de l’histoire. La clef réside dans le regard vers l’autre dans la puissance d’écoute et d’attention pour son prochain. C’est une belle entrée dans la lumière que nous offre Michèle Astrud. Une histoire sans âge, atypique, parfois grise et lugubre mais les lumières de Michèle Astrud sont courageuses et leurs forces emportent ce roman vers la véritable humanité possible pour Antoine et Chloé. C’est une oeuvre de beauté, un pan de ciel plausible pour qui sait regarder l’horizon avec la force de l’amour filial.
Cette pépite de bonté mérite la plus vive lumière.
Merci à Babelio et à toute l’équipe pour l’envoi de ce beau cadeau grâce à l’opération Masse critique

Mo comme mordue

à lire sur http://mo-comme-mordue.over-blog.com/2016/03/nous-entrerons-dans-la-lumiere-de-michele-astrud.html

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier David et les Editions Aux Forges de Vulcain pour leur confiance et pour m’avoir permis de découvrir cette histoire.

Ici, on découvre Antoine un père de famille et anciennement professeur, résidant en une France avec un décor post-apocalyptique, où la vie telle que nous la connaissons n’existe plus. Il survit comme il le peut au milieu de cette sécheresse et de ce pays qui devient de plus en plus sauvage en se vidant de sa population. Antoine va après avoir été contacté par la secrétaire de Sonia, son amour de jeunesse, rassembler tout son travail afin de le préserver. Dans cette folle aventure, il entraine sa fille Chloé avec lui. Tout au long de ce périple, il met un point d’honneur à photographié et a filmer son quotidien et la beauté de ce qu’il reste avant que tout ne soit détruit, afin d’en garder et marquer les esprits de leur histoire.

Ce roman m’a été proposé comme étant du« Cli-fi ». Je dois avouer que j’ignorai l’existence de ce genre avant. Celui-ci permet exploiter des changements climatiques et de sensibiliser les lecteurs sur des questions environnementales. Ce qui est entièrement question dans l’intrique de ce roman. L’auteure et le lecteur s’interrogent sur les conséquences que peuvent avoir ces catastrophes sur notre société, sur un pays tout entier.

Avec l’aide de ses chapitres ni trop long, ni trop court, l’histoire possède une bonne dynamique. Une fois dedans, il est difficile d’en sortir surtout que le réalisme effrayant qui y est décrit vous coupe toute notion de temps.

J’ai également aimé cette fin qui est significatif du titre de ce roman. Elle est remplie de nuances sombres qui tendent vers des couleurs lumineuses, vers l’espoir et l’optimiste d’un monde meilleur.

Du côté des protagonistes, Antoine est un homme dont la solitude pèse beaucoup sur lui. D’abord, sa femme part à l’étranger. Puis sa fille Chloé dans une institution suite à la tragédie qu’elle a vécue. La routine est son seule réconfort. Mais un jour, cet équilibre bancal ne tient plus et il prend la décision de ce nouveau départ. Plus rien ne compte que son rôle de père et son désir de rétablir sa relation avec sa fille. C’était grâce à ce changement et à toute cette évolution que j’ai beaucoup aimé Antoine. Son humanité transpire un peu plus à chaque page tourné.

Chloé, je l’ai adoré dès le début. Elle a en elle cette fragilité due à sa situation et en même temps, une force et une intelligence incroyable ! Lorsque j’ai appris la raison de son état, j’ai eu beaucoup de peine. Cette révélation explique aussi tellement de choses sur son comportement qui sans cela peut paraitre étrange.

La plume de Michèle Astrud est fluide et addictive. De plus, son choix de narration du point de vue d’Antoine rend le récit encore plus fort, plus percutant. Je l’ai beaucoup apprécié pour cette raison.

En conclusion :

Pour mon premier Cli-fi et mon premier roman de l’auteure, je dois avouer que c’est doublement une réussite ! Je me suis prise une belle claque ! Le sujet est très bien exploité avec un réalisme effrayant. Les personnages sont attachants et plein d’humanité malgré ce qu’ils vivent. Michèle Astrud a su m’interpeller, à travers cette lecture. Impossible que cette histoire vous laisse de marbre.

Note : 18/20

Quand le tigre lit

à lire sur le site: http://www.quandletigrelit.fr/michele-astrud-nous-entrerons-dans-la-lumiere/

Michèle Astrud - Nous entrerons dans la lumièreDans un futur plus ou moins apocalyptique, un homme tâche de reconquérir sa fille en plus de sauver ce qui peut encore l’être. Entre déprimant road trip et douloureux souvenirs à solder, les protagonistes ne sont guère à la fête malgré, ici et là, l’espoir d’une rédemption. Roman contemplatif et peu nerveux, la lecture fut mitigée.

Il était une fois…

[j’étais à deux chiures de doigts de copier-coller la présentation de l’éditeur, parfaite, mais suis parvenu à me retenir. Voilà ma version :]

Antoine, ex-prof qui a démissionné (première fois que ce cas de figure se présente sous mes yeux ébahis) et s’occupe chaque jour de sa fille Chloé qui croupit dans un asile, va voir son existence bousculée. Son jeune amour de jeunesse, Sonia, prend contact avec lui pour terminer un film qu’ils projetaient il y a bien longtemps. Sauf que la miss clamse trop vite, et Antoine accepte de récupérer ses archives afin de les garder en lieu sûr. Il s’ensuit une balade d’agrément avec Chloé avec plein de belles rencontres – hum.

[ah, j’allais oublier : l’histoire se passe dans un futur proche où le climat a, plus que d’habitude, sérieusement déconné. Les Français sont ainsi devenus des réfugiés climatiques fuyant la chaleur, et les institutions semblent se faire tranquillement la malle]

Critique de Nous entrerons dans la lumière

Voici un ouvrage lourd et complet. Pas par le nombre de pages ou l’écriture somme toute fluide, mais par l’abondance des sujets développés sur une toile bien connue (la France, un protagoniste « normal ») mais peinte avec une couleur sable, tirant sur le rouge, représentant une canicule ayant frappé le pays et où tout n’est que violence sourde – sortir de chez soi est comme entrer dans un zoo où la bienséance sociale a laissé place à l’instinct, animal, de la survie.

Revenons à notre héros, Antoine, dont la femme l’a quitté vers un endroit plus sûr. Mais Antoine reste dans leur maison et parcourt, armé d’une caméra, les environs de son pavillon à la rencontre d’anciens élèves qui ont plus ou moins mal tournés. De même, il rend régulièrement visite à sa fille, la vingtaine à bout de nez, soignée dans un hôpital à la suite d’un accident qui sera progressivement révélé – on s’en doute un peu. L’élément déclencheur sera le coup de fil de Sonia, lequel apporte des flashbacks de la jeunesse du protagoniste – instants insouciants et plein de promesses.

Néanmoins, son but change du tout au tout et se transforme en voyage (contrainte ?) vers la maison de Sonia aux fins de prélever ce qui peut être sauvegardé. Et Antoine mènera cette quête avec sa fille qu’il sort de l’institut et dont l’instabilité est encore prégnante. Aussi un triple combat se présente à lui : un devoir de mémoire alors que les supports de cette dernière (archives papier, films, espace de sauvegarde dans sa caméra) sont extrêmement fragiles ; reconstruire un rapport père/fille alors que cette dernière est loin d’être saine ; rester en vie et traverser une partie de la France alors que cette dernière est en déliquescence, en proie à la maladie et à un solide début d’anarchie – la fin est, à ce titre, inquiétante.

Ce n’est pas que Nous entrerons dans la lumière m’a laissé indifférent, toutefois l’ambiance générale ne m’a pas semblé assez originale et vive pour entrer pleinement dans l’histoire – au surplus, il n’est pas aisé de ressentir de l’empathie pour les personnages. Au moins le style de Dame Astrud est puissant, et parvient avec des tournures de phrases simples et évidentes à rendre la lecture des chapitres aisée et plaisante. Hélas, une certaine torpeur envahit un récit qui, parfois, m’a paru bien terne. En fait, Le Tigre, porté sur la SF et l’anticipation sociale, aurait voulu que ça pète à un moment. Qu’il y ait un peu de géopolitique de grande ampleur. Mais ce n’est pas l’objectif d’un ouvrage qui est plus noble que mes attentes.

Thèmes abordés (du moins selon Le Tigre)

D’une part, il est question de l’importance de la mémoire. Mémoire individuelle avec la manie d’Antoine de tout photographier et filmer son quotidien tandis qu’il ressasse les anciens temps. Jusqu’à ce que son approche prenne une tournure plus « universelle » dès lors qu’il s’agit de mettre en lieu sûr un fragment de l’histoire humaine, à savoir des documentaires d’une femme talentueuse qui n’est plus là pour en parler. Le roman passe ainsi de l’histoire d’Antoine et de son rejeton de Chloé à l’Histoire (oui, le grand H.). L’entrée dans la lumière est ainsi la manière dont les protagonistes vont laisser, à leur modeste niveau, une empreinte dans la grande aventure d’un pays dont les gouvernants sont étrangement absents – à peine un ancien ministre, seule l’armée paraît être encore dans le coup.

D’autre part, et c’est peut-être ce qui a plus interpellé le félin, le lecteur pourra, en refermant la dernière page, se rendre compte qu’il a lu l’histoire d’un migrant. Remplacez n’importe quel pays lointain en guerre par l’Hexagone exsangue où l’ordre (moral notamment) s’est carapaté on ne sait où. Il en résulte un danger de tous les jours, la perte de confiance en ses contemporains et le quotidien de tout réfugié : les check point incompréhensibles, l’absence d’information fiable sur l’état du pays (entretenue par l’auteur il est vrai), et les fameux camps gérés par l’armée où passer la nuit – et où un certain ordre demeure encore.

Tout ça pour arriver à quoi ? Sauvegarder quelques éléments culturels ? Entrer dans la lumière, à savoir se faire une place au soleil et quitter ce pays dévasté ? Cela est cependant réservé aux nantis qui ont l’argent/les contacts pour quitter cet endroit maudit – sans spoiler, ça ne leur réussit pas vraiment. La lumière ne serait-elle plutôt pas la paix familiale, avec une fille bien portante et un père capable de la protéger en toutes circonstances ?

…à rapprocher de :

– Le choix ne manque pas en matière de livres d’anticipation sociale dans un monde en perdition, avec un soupçon de quête initiatique. Au débotté, Tigre pense au Monde englouti, de Ballard (attention, livre exceptionnel).

– C’est scandaleux, mais je n’ai aucune autre idée. Pour info, Michèle Astrud a publié d’autres romans. Et il est sûr que parmi ses œuvres, il y a de quoi satisfaire le fauve