Rêveuse éveillée: le jour de l’effondrement

à lire sur le site http://reveuseeveillee.blogspot.fr/2016/07/le-jour-de-leffondrement-de-michele.html
J’avais déjà lu Nous entrerons dans la lumière de cette auteure et j’avais beaucoup aimé. Lorsque l’éditeur m’a proposé de découvrir ce roman écrit par la même auteure, je n’ai pas hésité une seule seconde ; et même si le genre de roman est complètement différent, je n’ai pas été déçue !

Le jour de l’effondrement nous raconte l’histoire d’un homme qui revient dans sa ville natale cinq ans après avoir tué par accident son meilleur ami. Le roman est un constant va-et-vient entre le passé et le présent d’un homme qui redécouvre une ville qu’il ne reconnaît pas. Tout lui est devenu étranger et il se sent exclu de cette ville qui a continué à avancer sans lui.

C’est un roman dans lequel des sentiments forts tels que la rage et la colère ainsi qu’une perpétuelle quête de liberté sont très présents. En effet, le meilleur ami de notre héros fuguait souvent pour pouvoir se sentir libre ; il se sentait le plus clair du temps enfermé dans une vie qui ne lui convenait pas. Alors que notre « héros » l’attendais dans leur ville en prenant sa place dans auprès de sa mère et de sa soeur ; bien qu’il n’ai jamais voulu prendre sa place mais plutôt une envie dévorante de vivre avec lui, un besoin qui l’a presque rendu fou.

La cité dans laquelle vivront nous deux personnages à des époques différentes se situent au bord d’un lac marécageux. Tout ce qui nous est dit et tout ce qu’il se passe est toujours en rapport avec un sentiment de noyade, d’engloutissement dans l’univers oppressant dans lequel vivent les personnages. On se sent couler dans le lac comme notre personnage principal dans sa vie terne et oppressante qu’il fait tout pour éviter, étant dans une perpétuelle quête de liberté.

Le jour de l’effondrement est un texte d’une grande qualité littéraire. Michèle Astrud a une très belle plume à la fois simple et poétique qui accroche tout de suite le lecteur. L’auteure nous offre ici un texte brut où la violence est omniprésente. Le héros se perd dans les méandres de sa vie mais le texte n’en est pas moins d’une grande beauté.

En conclusion, Le Jour de l’effondrement est une lecture coup de poing qui se lit très vite et dont le style de l’auteure à tout pour plaire. Je ne peux que vous conseiller ce roman fort sur un homme en quête de liberté.

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Anita Brookner : Regardez-moi

« On considère en général qu’il est indécent de se plaindre de la solitude et qu’il faut s’adresser à des Samaritains professionnels. Mes propres amitiés ont toujours été fortes, mais elles ne me satisfont plus. Je ne recherche pas les amis pour qu’ils me consolent : j’ai horreur de ça. Je suis toujours prête à écouter, et donc pas mal sollicitée mais j’ai dû être paresseuse ces derniers temps. J’ai pris conscience d’un ennui, d’une impatience qu’aucune amitié ordinaire ne peut combler ; seulement une amitié extraordinaire. Je me suis probablement lassée de mon sort et j’ai voulu de toute mes forces en changer. Alors j’écris, je fais beaucoup de longues promenades, je remue des idées, et quand j’ai de la chance celles-ci sortent avec le mordant que je voudrais trouver dans la vie réelle. Il se peut que ce soit précisément le but de l’exercice. Ça ne marche pas toujours à des moments comme le vendredi saint ou dans des endroits comme un hôtel inconnu. Alors le besoin d’une présence, n’importe laquelle, devient énorme… »

Anita Brookner : Regardez-moi

Regardez-moi

« Parfois, je voudrais que tout soit différent. Je voudrais être belle, paresseuse, gâtée et capricieuse. Bref, je voudrais une vie facile. Certaines nuits, après une de ces soirées silencieuses, je reste éveillée dans mon lit et je me demande si c’est ça mon destin, si cette solitude devra durer le restant de mes jours. De telles réflexions m’entraînent au bord de la panique. Parce que je demande davantage ; je trouve même que je le mérite. J’ai quelque chose à offrir. Je ne suis pas une beauté mais je suis agréable à regarder. En réalité, les gens me disent que je suis « charmante », ce qui me déprime toujours. C’est comme si on vous dit que vous êtes « brillant », ce qui ne veut strictement rien dire. Mais à part ça, je suis en bonne santé et j’ai largement de quoi vivre. J’ai peu de mauvaises habitudes en dehors de mon goût du sarcasme. Je ne suis pas croyante mais j’observe certaines règles de conduite avec une grande piété. Je ressens tout très profondément, je crois. Si je n’y fais pas attention, je deviendrai en vieillissant une épouvantable virago.

C’est pour ça que j’écris, c’est pour ça que j’en ai besoin. Quand la solitude m’enlise, me recouvre, me ternit, me rend pratiquement invisible…. »

Anita Brookner : Regardez-moi

Regarder le soleil en face.

 à lire sur http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/48008
Critiques libres de Gregory Mion:
Ce nouveau roman de Michèle Astrud imagine un avenir peut-être pas si lointain : la France affronte une canicule et une sécheresse historiques, les ressources naturelles diminuent, la citoyenneté se désagrège à cause des multiples pénuries, et tout ceci installe un monde où « voler, chaparder, survivre » deviennent des mots d’ordre de plus en plus partagés. La rupture croissante des fondations sociales vérifie en outre les grandes thèses de la philosophie politique qui soutiennent que les lois consistent non pas à restreindre les libertés individuelles, mais au contraire à les conserver et les optimiser. Nous avons donc ici un monde politiquement détraqué où chaque homme constitue une possibilité de violence envers autrui et lui-même, les lois n’existant plus que par intermittence, placées sous respiration artificielle. La difficulté de survivre dans des conditions climatiques insupportables transforme chaque individu en mesure affligeante de ses propres lois. Les plus forts et les plus rusés s’en sortent, les autres périssent. Il y a même une banalisation accrue de la mort : l’indifférence aux autres gagne en puissance, le renversement des émotions n’étant que la preuve d’un renversement malsain des valeurs importantes. Ce thème est certes classique dans les fictions, mais il a le mérite d’être soutenu par une narration habile qui redéfinit bon nombre de perspectives, un peu comme si l’on creusait quelques angles morts du roman Sécheresse de J.G. Ballard ou du film Le temps du loup de Michael Haneke, deux références conceptuellement proches de Nous entrerons dans la lumière. On pourrait encore songer au livre La route de Cormac McCarthy, ainsi qu’au très effrayant Je suis une légende de Richard Matheson. Cessons là cependant les comparaisons et voyons ce que le roman a dans le ventre.

L’histoire se place dans le sillage d’Antoine, un ancien professeur du secondaire qui a démissionné, passionné de photographie et plus généralement par tout ce qui touche à la technologie des images. Son goût des images fait par ailleurs de lui un archiviste de la nature. En effet, quoique la triste métamorphose du climat décompose l’environnement avec obstination, Antoine s’empresse de compiler des photographies et des films afin de mémoriser au maximum le monde naturel, avant qu’il ne s’évapore tout à fait sous le joug de cette chaleur étouffante. Il est en quelque sorte celui qui sauve la variété des phénomènes, celui qui permet aux apparences de subsister, leur attribuant tacitement la fonction d’enrichir l’expérience des générations prochaines qui seront malheureusement confrontées à un panorama de désolation. Par le caractère assez maladif de sa provision iconographique, par son acharnement à thésauriser les derniers sursauts d’une Terre expirante, Antoine incarne la figure de l’homme revenu de tous ses vieux rapports de force avec la nature. Les Prométhée ont été vaincus, disqualifiés par leurs propres prétentions, alors il faut maintenant laisser la place aux Orphée, aux âmes poétiques, aux artistes qui sont capables de nous montrer la nature comme une chose merveilleuse et non comme une simple ressource exploitable. C’est en cela que l’attitude d’Antoine est belle : le monde s’enlaidit inexorablement, il subit un assèchement qui lui donne des allures valétudinaires, mais l’ex-enseignant ne s’en offusque pas – il préfère détecter dans le monde des détails que nous n’avons pas encore aperçus et qui serviront ultérieurement à instruire notre regard. Pour le dire autrement, Antoine est celui qui nous apprend à regarder la nature indépendamment de l’intérêt que nous pourrions immédiatement en avoir. Ce qui compte désormais, ce n’est pas l’action que je pourrais entreprendre sur le monde, mais c’est plutôt la façon dont le monde pourrait agir en moi, la manière dont je pourrais laisser les choses naturelles me remplir et me bouleverser en dépit de leur apparente hostilité. Bergson parlerait ici d’un « révélateur », d’un découvreur, en somme d’un artiste qui nous dévoile quelque chose longtemps resté invisible, impensé.

On se doute toutefois qu’Antoine est bien seul dans ce futur plus ou moins proche. L’effondrement climatique du monde sous-entend l’épuisement d’un modèle économique qui n’a pas su anticiper les effets pervers de ses théories. Le pire, même si cela n’a rien de surprenant, c’est que les normes autrefois en vigueur ont tendance à se répéter dans ce nouveau contexte : seuls les plus riches ont accès aux moyens de transport raréfiés, seuls les privilégiés ont l’opportunité de quitter le pays pour migrer vers des zones moins touchées par l’aridité. D’après les informations qui circulent, l’Amérique semble avoir retrouvé son statut d’eldorado. On rêve d’Amérique comme jadis, on se prend à croire que le Nouveau Monde a renouvelé toutes ses promesses d’antan et qu’il a abandonné ses récentes prophéties auto-réalisatrices. D’une certaine manière, cette croyance constitue un garde-fou psychique pour l’Occident. Tant qu’il nous reste l’Amérique, nous n’avons pas tout perdu, d’autant que le roman, fort subtilement d’ailleurs, suggère que les pays que l’on considérait hier encore comme des nations émergentes ne souhaitent pas s’associer aux flux migratoires actuels. Les Occidentaux payent l’addition de leurs politiques à la fois colonisatrices et isolationnistes. Ils subissent la fermeture des frontières de la part de ceux qu’ils ont toujours estimé avec une copieuse arrogance. Pour une fois, les catastrophes naturelles n’ont pas frappé les zones les plus pauvres de la planète. Il semble à l’inverse que le plus grave accident du climat jamais recensé s’abatte sur les territoires censément les plus prospères. Disons-le enfin sans ambiguïté : si la prospérité de l’Occident avait été réelle, la crise suscitée par la sécheresse aurait occasionné des réponses morales moins isolées et non pas le développement collectif d’une féroce anarchie. Après tout, les canicules continues de l’Afrique n’ont jamais contredit les repères culturels les plus efficaces de ces endroits, ni la solidarité indiscutable qui règne dans ces coins les plus déshérités du monde. Le libéralisme n’a pas trouvé là-bas de quoi s’implanter durablement ou avec autant de force que chez nous.

Conformément à cela, Antoine est aussi un genre de survivant providentiel, un guide discret qui pourra bientôt superviser l’hypothèse d’une reconstruction morale de la société civile. On le voit du reste très bien avec les relations qu’il mène avec sa fille Chloé, internée depuis plusieurs années dans un centre de soins pour enfants à cause d’un accident qui a affecté sa mémoire, un événement fâcheux dans lequel son père a eu de surcroît quelque responsabilité. Or à présent que le climat délétère a modifié la donne sociale et que toutes les institutions sont vouées à disparaître, Chloé est contrainte de sortir de son confinement médical, ce qui met Antoine en position de se repentir et de prendre le taureau par les cornes. Il se démène pour que sa fille retrouve la mémoire, au même titre qu’il se met en quatre pour constituer un mémorial de la nature. Ces deux actions sont évidemment concomitantes : en se battant pour que sa fille se ressouvienne de ce qu’elle était, Antoine se bat pour que le monde autour de lui puisse être l’objet de futures réminiscences essentielles. En d’autres termes, si Chloé parvient à reconquérir son Moi de l’ancien climat, elle symbolisera une jeunesse plus forte, plus vigoureuse, elle sera une force vive dans la perspective des reconstructions à venir.
On aboutit en définitive à cette « entrée » dans la lumière proclamée par le titre du roman. Elle pourrait s’interpréter en deux temps : d’abord entrer dans la lumière pour conjurer les ténèbres d’une société en perdition, ne pas avoir peur de ce nouveau soleil de plomb, puis entrer dans la lumière, surtout, pour retrouver la clarté solaire des êtres qui vont de l’avant, qui se lancent dans le monde pour l’irriguer d’une énergie surhumaine. Ainsi se révèle le binôme Antoine/Chloé, et leur mission cosmique doit également intégrer les projets avortés de Sonia, une jeune créatrice avec qui Antoine partagea beaucoup par le passé et qui revient dans sa vie par une porte dérobée. Sonia apporte en ce sens une intensité romanesque décisive et nous nous garderons bien entendu d’en délivrer la trajectoire.

Les lectures de Xapur

 à lire sur:https://bibliosff.wordpress.com/2016/04/03/nous-entrerons-dans-la-lumiere-michele-astrud/#more-4278

Nous entrerons dans la lumière est situé dans une France victime d’une catastrophe climatique d’origine relativement inconnue. Une canicule intense, une société laissée à elle-même où ne subsiste que quelques bastions d’ordre et de sécurité, peu d’informations qui filtrent jusqu’à la population, c’est un sentiment de fin du monde qui s’installe progressivement sans que l’auteure ne nous donne trop de détails sur le contexte global.

Elle préfère se focaliser sur ses deux personnages principaux. Antoine, le père, resté seul dans une grande maison qui tombe en ruines, souvent apathique, ne vit guère que pour aller visiter sa fille. Celle-ci, Chloé, traumatisée par une agression subie alors qu’elle était enfant, est instable psychologiquement et ne reconnait pas toujours son père.

Obligé de la prendre en charge, Antoine va se lancer dans un périple sur les traces d’un ancien amour de jeunesse, une cinéaste dont il va chercher à préserver l’héritage artistique. Une occasion forcée de quitter sa ville, traverser un pays devenu inhospitalier et de se confronter à sa fille, la (re)découvrir et apprendre à la connaître, à l’aimer encore.

Récit post-apocalyptique, cli-fi (ou fiction climatique), voyage qui traite de l’amour filial, des souvenirs, passions et obsessions, du sentiment de culpabilité, dans un monde qui s’écroule, Nous entrerons dans la lumière est tout cela et est porté par la plume particulière de Michèle Astrud, toute en délicatesse et subtilité. Elle brosse ici le portrait de deux personnages intéressants et profondément humains, le père englué dans ses souvenirs et sa passion pour l’art, la fille psychotique mais attachante, qui va évoluer pendant leur exil forcé. Vers un avenir qu’on devine difficile mais profondément optimiste. Un court roman touchant et émouvant.

Leo Rutra

à lire sur: http://leorutra.fr/lu-entrerons-lumiere-de-michele-astrud/

Dans une France ravagée par la sécheresse et en proie à un exode massif, Antoine a décider de rester. Alors que les autres se barricadent chez eux, se battent pour récupérer de l’eau, de la nourriture ou de l’essence pour fuir, n’hésitent pas à voler et piller, Antoine n’a qu’une priorité, sa fille, Chloé, qui vit dans une maison pour enfants malades et qu’il refuse de laisser derrière lui.

Dès la sortie du roman, j’ai été attiré par sa couverture. Quelque chose dans la posture de la jeune femme sur la barrière m’est hypnotisant, comme si j’attendais de la voir se jeter de l’autre côté et disparaître dans le champ. Je n’avais aucune idée de ce dont l’histoire parlait, seulement qu’elle devait être de qualité, puisque parue aux éditions Aux Forges de Vulcain.

Le décor est plutôt bien posé. On découvre l’environnement d’Antoine non pas grâce à de longs paragraphes descriptifs qui poseraient les raisons de cette déchéance, mais par de petits détails disséminés au fil du récit et qui nous permettent une compréhension globale de l’état des choses.

Il reste beaucoup de zones d’ombre et de questions en suspens, mais on en sait suffisamment, souvent autant qu’Antoine, et c’est une approche qui me plaît. Il prend des photos et filme son quotidien, faisant de nous des témoins secondaires de son combat pour rester près de sa fille mais également de la violence qu’il côtoie.

Sa relation avec Chloé est le véritable moteur de l’histoire, plus encore que la recherche d’un endroit sûr. Le lien qui le rattache à elle dépasse celui du sang, il se sent profondément coupable de ne pas avoir été capable, lui son père, de s’occuper d’elle, d’avoir été obligé de la placer.

Plus encore qu’un roman se déroulant dans un univers dystopique que ne renierait pas Cormac McCarthy, Nous Entrerons dans la Lumière est un roman profondément humain, l’histoire d’un père et de sa fille dans un monde qui s’effondre. J’ai adoré la plume de l’auteure, simple et précise, son soin pour ne pas nous surcharger d’informations qui nuiraient à la fluidité du texte.

Dès les première pages j’ai été happé par Antoine, par l’univers, si proche et si lointain, dans lequel il évolue. Et j’ai dévoré les chapitres courts, les uns après les autres, captivé par l’histoire racontée.

Si vous êtes fans de dystopie ou tout simplement que vous aimez les romans psychologiques et humains, Nous Entrerons dans la Lumière est fait pour vous.

Actusf

à lire sur http://www.actusf.com/spip/Nous-entrerons-dans-la-lumiere.html

Une France apocalyptique
La France n’est plus qu’un paysage dévasté par la sécheresse et les épidémies, rythmé seulement par la fuite des hommes et des restrictions de plus en plus fortes. Dans une banlieue désolée, un homme reste pour ne pas abandonner sa fille, placée dans une institution pour enfants malades après avoir été victime d’une agression, l’année de ses huit ans.
Cinéaste et photographe amateur, il tente de capturer les restes d’humanité d’un monde violent en pleine déréliction et de reconstruire, au cours d’un voyage sans retour, son lien avec sa fille.
La lumière de la mémoire
C’est un beau roman, qui place en son cœur les questions de la mémoire (celle qui s’enfuit, celle que l’on recouvre, celle que l’on tisse à deux voix) et de l’art comme échappée belle, comme moyen de reconstruire et maintenir la société en état de marche.

Dans un univers hostile, étouffant, qui se barricade sur son propre échec, le narrateur et sa fille, Chloé, mènent une quête émouvante contre l’oubli qui menace d’anéantir la mémoire souffrante de la jeune femme. La photographie leur permet de se ré-apprivoiser, de se comprendre et de reconstruire, par fragments éblouis, un peu de sens dans le monde déliquescent qu’ils parcourent. Chloé se fait femme, sous l’œil mécanique de son père, et révèle peu à peu sa personnalité profonde et les racines de l’évènement traumatique qui les a séparés. Quant à la société qu’ils fuient jusqu’à ses confins, elle se réinvente à travers les pellicules du narrateur, jusqu’à ce ne reste plus que sa lumière crépusculaire, hantée de visages délinquants.

L’écriture de Michèle Astrud est assez cinématographique : elle se déploie comme une suite de plans suggestifs, au rythme efficace, qui sait toutefois se perdre dans un lyrisme salvateur : « Je suis le guetteur de la nuit, le gardien des hautes cimes. Je surveille l’arrivée du désert, l’avancée des tempêtes, bientôt la maison sera ensevelie sous le sable. Seuls ceux qui habitent les étages les plus hauts arriveront à survivre. »

Le lecteur amoureux de science-fiction apocalyptique pourra regretter que les causes mêmes de la fin du monde ne soient que suggérées et que le récit se concentre sur les rapports entre père et fille ; les autres apprécieront ce voyage au bout de l’humanité et la plongée dans la mémoire trouée d’une héroïne habilement tramée.

Julie Proust-Tanguy

SFEMOI

à lire sur http://sfemoi.canalblog.com/archives/2016/03/25/33565813.html

L’homme a une fois de plus salopé sa planète et la bombe climatique qu’il a façonnée est en train de lui péter à la gueule. La France subit une sécheresse depuis déjà trois ans et les institutions du pays se délitent progressivement. Dans un pays où le règne du plus fort est en train de s’instaurer, un homme va tenter de renouer une relation avec sa fille malade tout en essayant de sauver les archives vidéo d’une vieille amie.

Cela fait déjà un paquet d’années que le post-apo a débordé les strictes limites de la SF pour se faire une petite place en littérature blanche. Il y a ainsi eu « Le voyage d’Anna Blume »  de Paul Auster et « La route »  de Cormac McCarthy pour ne citer que les plus célèbres. Mais bien d’autres ont depuis emboîté le pas à ces auteurs reconnus.

Rien de surprenant à cela. Le post-apo est un terrain propice aux expérimentations de toutes sortes, une façon de tabula rasa où l’écrivain peut, tout en conservant une part plus ou moins grande de notre réalité quotidienne, affranchir ses personnages des lois et des conventions de la société qu’il fait disparaître. Il peut ainsi les confronter au débordement des passions, tester leurs réactions face à l’inconnu, les laisser, au choix, détruire ou reconstruire, inventer ou régresser. Le post-apo, c’est le champ de tous les possibles.

La cause de l’apocalypse est en revanche assez secondaire. Dans « Nous entrerons dans la lumière » c’est une sécheresse exceptionnelle qui a raison de la cohésion de la société française. On ne sait presque rien de son origine. On ne peut qu’en constater les effets : la fuite à l’étranger de ceux qui en ont les moyens, le repli égoïste de ceux qui ont encore quelque chose, le rassemblement en meutes de jeunes loups de ceux qui n’ont plus rien.

Antoine le narrateur n’a lui-même plus grand-chose si ce n’est des responsabilités. Des responsabilités envers sa femme qui le presse de le rejoindre en Amérique ; envers l’oeuvre de documentariste de Sonia son amour de jeunesse ; envers sa fille Chloé, internée dans une institution psychiatrique depuis une dizaine d’années.

Trois femmes donc et trois façons de penser sa vie. Celle de son épouse tout d’abord qui ne pense qu’à l’avenir, à épargner, à prévoir, à se faire une situation fut-ce au détriment de sa famille. Celle de l’assistante de Sonia qui garde les yeux rivés vers le passé, ne pense qu’à conserver ses archives, préserver la mémoire bref qui ne vit  que pour et par des souvenirs. Il y a enfin sa fille qui, elle, est profondément ancrée dans le présent. Sans mémoire du passé et sans attente précise de l’avenir, elle ne réclame qu’un peu de temps et d’attention, des moments de partage, joies et peines confondues.

En fait, cette histoire m’a semblé être une parabole non pas sur le sens de l’existence mais sur la façon dont nous choisissons de l’affronter. Et c’est précisément là que cet univers post-apocalyptique retenu par l’auteur prend tout son sens puisque ce sont les évènements qui vont imposer leur choix aux personnages.

La précarité de leur situation va en effet leur imposer de vivre dans l’instant. Par la force des choses, Antoine va se dépouiller de son ancienne vie, de son confort et de toutes les choses qu’il croyait indispensables. Il retrouvera alors la spontanéité qu’il avait perdue et finira par accepter ce présent qui n’est pas nécessairement oubli du passé ni rejet du futur mais qui au contraire se nourrit des expériences vécues tout en demeurant ouvert à la nouveauté.

Cette histoire de relation père/fille dans un monde en pleine transformation est donc particulièrement touchante. J’ai pour ma part beaucoup aimé ce portrait de père qui prend enfin le temps de regarder grandir sa fille et qui finit par se rendre compte que les enfants sont bien plus forts qu’on ne le pense et sans doute plus aptes que nous à affronter le futur. Et d’ailleurs, le futur, n’est-ce pas eux ?

Librairie Bédéciné

à lire sur http://www.bedecine.fr/tag/michele-astrud-nous-entrerons-dans-la-lumiere-aux-forges-de-vulcain/

Librairie Bédéciné

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Nouveautés Mars 2016 au Rayon SF & Cie II

Allez, en Mars on attend la Fin du Monde, les extra-terrestres (quelques-fois même en faisant des maths…), on se latte dans les étoiles (avec ou sans prière), sur des aires plus médiévalement fantastiques, on flippe grave, et j’en passe. Enfin bref, on a de quoi s’occuper. Voyez çà :

nous entrerons dans la lumière
Michèle ASTRUD
– Nous entrerons dans la lumière – Aux Forges de Vulcain – coll. Fiction
Genre : Transfiction/Pré-apo climatique
9782373050073 – 19€ – 312 pages – date de parution : 14/01/2016
« Je suis le guetteur de la nuit, le gardien des hautes cimes. Je surveille l’arrivée du désert, l’avancée des tempêtes… »
« Dans un monde détruit, chacun lutte férocement pour sa survie. Chaque jour, Antoine se bat contre l’oubli, en photographiant son environnement en train de disparaître. Seul, il n’a plus que Chloé, sa fille traumatisée, qui réside dans une institution. Sonia, son amour de jeunesse devenu documentariste, réapparaît alors, pour terminer le film qu’ils avaient jadis commencé. Antoine décide de partir sur la route avec Chloé, dans l’espoir de sauvegarder l’œuvre de Sonia, et de les sauver eux-mêmes.
Roman initiatique, réflexion sur la mémoire et la filiation, Nous entrerons dans la lumière emporte ses lecteurs dans une atmosphère des derniers jours où l’obscurité gagne, dans une errance où l’oubli croît. Ensemble, Chloé et Antoine parviendront-ils à retrouver la lumière ? »

Ravie je suis de commencer par un ouvrage oublié sur ces pages en janvier,que j’ai eu le grand plaisir de lire tout récemment et qu’il eût été grand dommage de passer sous silence.
Bon, d’entrée je suis très attirée par le post-apo, pré-apo, pendant-apo. D’ailleurs, j’ai aussi fort apprécié les premiers épisodes de « Yesterday’s gone », présenté plus bas (Fleuve éditions), série parfaitement addictive.
Si l’on joue dans une autre cour avec Nous entrerons dans la lumière (
plus « cérébrale », comme me le disait son éditeur), ce beau roman s’est révélé en ce qui me concerne tout autant prenant. Sa lecture suscite là aussi l’irrépressible envie de tourner la page pour découvrir et ce qui attend Antoine et sa fille Chloé, et comment peuvent évoluer leurs rapports conflictuels dans ces circonstances hors normes.
Dans cet environnement de déliquescence progressive des repères c’est à une renaissance graduelle de Chloé à laquelle on va assister. Chloé adolescente meurtrie dans son enfance, est loin d’être une charge pour Antoine. C’est son bâton de pèlerin, à ce témoin presque nonchalant (caméra et appareil photo à l’appui),  d’un monde qui part à vau-l’eau.
Bien bel ouvrage d’une puissance toute en délicatesse, assez lumineux dans cette noirceur annoncée mais non sans espoir…