Rêveuse éveillée: le jour de l’effondrement

à lire sur le site http://reveuseeveillee.blogspot.fr/2016/07/le-jour-de-leffondrement-de-michele.html
J’avais déjà lu Nous entrerons dans la lumière de cette auteure et j’avais beaucoup aimé. Lorsque l’éditeur m’a proposé de découvrir ce roman écrit par la même auteure, je n’ai pas hésité une seule seconde ; et même si le genre de roman est complètement différent, je n’ai pas été déçue !

Le jour de l’effondrement nous raconte l’histoire d’un homme qui revient dans sa ville natale cinq ans après avoir tué par accident son meilleur ami. Le roman est un constant va-et-vient entre le passé et le présent d’un homme qui redécouvre une ville qu’il ne reconnaît pas. Tout lui est devenu étranger et il se sent exclu de cette ville qui a continué à avancer sans lui.

C’est un roman dans lequel des sentiments forts tels que la rage et la colère ainsi qu’une perpétuelle quête de liberté sont très présents. En effet, le meilleur ami de notre héros fuguait souvent pour pouvoir se sentir libre ; il se sentait le plus clair du temps enfermé dans une vie qui ne lui convenait pas. Alors que notre « héros » l’attendais dans leur ville en prenant sa place dans auprès de sa mère et de sa soeur ; bien qu’il n’ai jamais voulu prendre sa place mais plutôt une envie dévorante de vivre avec lui, un besoin qui l’a presque rendu fou.

La cité dans laquelle vivront nous deux personnages à des époques différentes se situent au bord d’un lac marécageux. Tout ce qui nous est dit et tout ce qu’il se passe est toujours en rapport avec un sentiment de noyade, d’engloutissement dans l’univers oppressant dans lequel vivent les personnages. On se sent couler dans le lac comme notre personnage principal dans sa vie terne et oppressante qu’il fait tout pour éviter, étant dans une perpétuelle quête de liberté.

Le jour de l’effondrement est un texte d’une grande qualité littéraire. Michèle Astrud a une très belle plume à la fois simple et poétique qui accroche tout de suite le lecteur. L’auteure nous offre ici un texte brut où la violence est omniprésente. Le héros se perd dans les méandres de sa vie mais le texte n’en est pas moins d’une grande beauté.

En conclusion, Le Jour de l’effondrement est une lecture coup de poing qui se lit très vite et dont le style de l’auteure à tout pour plaire. Je ne peux que vous conseiller ce roman fort sur un homme en quête de liberté.

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Un reflet dans une vitrine

J’accélère le pas. Les rayons du soleil, brûlants, glissent sur mon front. Soudain, je relève la tête et croise un reflet dans une vitrine. Un reflet que j’ai du mal à reconnaître, un visage maigre, une peau pâle, des yeux tristes et fatigués, des cheveux déjà gris et clairsemés. Un homme inconnu m’observe et pourtant ce n’est pas un étranger. Il me fixe avec étonnement et je me fige, immobile devant la vitrine, pendant quelques secondes, sans comprendre. Je reconnais le visage de mon père. Les yeux de mon père. Mon père devenu un autre. Il ne réagit pas en me regardant. Il n’y a aucune lueur, aucun sourire dans son regard. Il n’affiche aucune joie de me retrouver. Comme s’il avait oublié mon existence.

Je me détourne, brusquement effrayé. J’accélère le pas, mais de vitrine en vitrine, le portrait paternel me poursuit. Ses longues jambes maigres me talonnent. Il marchait toujours trop vite quand nous sortions ensemble et je n’arrivais pas à le suivre. Il portait un pantalon de velours sombre, son éternel pardessus gris. Il s’habillait toujours avec les mêmes vêtements, été comme hiver. Sa peau restait très blanche, fraîchement rasée. J’avais l’impression qu’il ne changeait pas, qu’il ne vieillissait plus. Je reconnaissais sa démarche et son pas saccadé dans l’escalier. Il rentrait tard à la maison. J’étais assis dans la cuisine, je travaillais, j’apprenais une poésie, je révisais mes leçons. Ma mère me bousculait du coude : « Lève-toi, vas donc lui dire bonsoir avant d’aller te coucher, tu ne l’as pas vu de toute la journée. »

Je m’approchais timidement. Je le regardais fermer la porte, ôter son pardessus, déposer dans le couloir cette odeur fade de bureau, de train et de métro. Cette odeur du dehors qui m’effrayait. J’allais le saluer, lui dire poliment bonsoir sans jamais l’embrasser. Il ôtait ses lunettes pour nettoyer les verres avec une chamoisine et je ne le reconnaissais plus. Il se tournait contre le mur, se dissimulait dans l’ombre de la penderie, mal à l’aise, comme s’il avait honte, lui aussi, de révéler la nudité de son visage. Il baissait les yeux. Il nettoyait les verres avec d’infinies précautions, soucieux de ne pas les rayer. Puis il pliait soigneusement le chiffon minuscule, le rangeait dans sa poche. Impossible de savoir ce qu’il pensait vraiment. S’il était heureux de rentrer, content de nous revoir, si sa journée s’était bien passée. Il affichait toujours ce masque impassible, ce visage vide et je reculais d’un pas. Je n’osais pas lui parler. Je l’observais en silence. Il reposait la monture sur son nez et dès qu’elle était enfin installée, stabilisée à la bonne place, je soupirais de soulagement et j’allais me coucher, rassuré.

Demain, hier ou aujourd’hui?

« -Oh, lapin il a pas eu de chance, on l’a tué, il aurait dû manger du trèfle à quatre feuilles

-Et un fer à cheval!

– Dites, comment les lapins viennent au monde?

– Comme les éléphants!

– Ah, oui! Comment ça se fait que t’étais jamais venu chez moi avant?

– J’ignorais que tu avais une si jolie mère, Tony

– Oui, mais moi j’ai un nain de pierre qui est encore plus joli!

– Peut -être que tu pourras me le montrer demain?

– Quand c’est demain?

– Après  aujourd’hui.

– Alors c’était hier,  aujourd’hui c’est demain.

– Ce sera…

– Quand est-ce que demain sera hier Monsieur Marlow?

– Aujourd’hui.

– Oui c’est ça, hier! »

Mais qui a tué Harry , Alfred Hitchcock  (1955)

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Critique de Leraut sur Babelio

à lire sur http://www.babelio.com/livres/Astrud-Nous-entrerons-dans-la-lumiere/796556/critiques/1021142

Ce roman solaire, brillant, mature, délivre une à une les vagues de souffrance pour atteindre une perfection hors norme. Nous sommes dans la cour des grands. Michèle Astrud maîtrise l’art des mots. Ses protagonistes Antoine et Chloé, père et fille dans cette histoire imprévisible appellent la vie à grands cris. Mais, bien plus que cela Antoine veut délivrer sa fille Chloé de ses vieux démons enfantins.
« Elle tremblait, ses yeux hagards avaient perdu tout leur éclat. Elle ne parlait pas, murmurait quelques mots incompréhensibles. Nous arrivions trop tard. »
Chloé est devenue une enfant brisée par la faute d’ un monstre avide de jeunesse. Ce dernier a terrassé à huit ans sa vie et ce pour presque toujours. Recroquevillée dans les affres des folies d’adulte, elle ne devra sa rédemption qu’à l’initiatique pouvoir de son père Antoine.
Plus que sa propre femme il sera pour Chloé son souffle de vie.
Ce roman quasi fantastique appelle l’écho du chant du monde en échange d’une fraternité travaillée avec tendresse et naturel. Les noeuds ne deviendront que voiles au point ultime et final de l’histoire. La clef réside dans le regard vers l’autre dans la puissance d’écoute et d’attention pour son prochain. C’est une belle entrée dans la lumière que nous offre Michèle Astrud. Une histoire sans âge, atypique, parfois grise et lugubre mais les lumières de Michèle Astrud sont courageuses et leurs forces emportent ce roman vers la véritable humanité possible pour Antoine et Chloé. C’est une oeuvre de beauté, un pan de ciel plausible pour qui sait regarder l’horizon avec la force de l’amour filial.
Cette pépite de bonté mérite la plus vive lumière.
Merci à Babelio et à toute l’équipe pour l’envoi de ce beau cadeau grâce à l’opération Masse critique

Filles des jardins

Souviens-toi,
C’était comme ça.
On les suivait
Pas à pas,
Les filles des jardins,
A l’ombre des colonnes,
Loin de tout,
Entourées de femmes et d’hommes
Aux tempes grises,
De femmes et d’hommes.
C’était comme ça.
On les montrait du doigt.
On leur parlait pas.
Les filles des jardins,
Quand elles étaient assises,
Vêtues de voiles, de simples chemises,
Dans l’ombre bleue-grise.

Paroles et Musique: Gérard Manset 1989

acrylique sur toiles/ 70*70 cm

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Anita Brookner : Regardez-moi

« On considère en général qu’il est indécent de se plaindre de la solitude et qu’il faut s’adresser à des Samaritains professionnels. Mes propres amitiés ont toujours été fortes, mais elles ne me satisfont plus. Je ne recherche pas les amis pour qu’ils me consolent : j’ai horreur de ça. Je suis toujours prête à écouter, et donc pas mal sollicitée mais j’ai dû être paresseuse ces derniers temps. J’ai pris conscience d’un ennui, d’une impatience qu’aucune amitié ordinaire ne peut combler ; seulement une amitié extraordinaire. Je me suis probablement lassée de mon sort et j’ai voulu de toute mes forces en changer. Alors j’écris, je fais beaucoup de longues promenades, je remue des idées, et quand j’ai de la chance celles-ci sortent avec le mordant que je voudrais trouver dans la vie réelle. Il se peut que ce soit précisément le but de l’exercice. Ça ne marche pas toujours à des moments comme le vendredi saint ou dans des endroits comme un hôtel inconnu. Alors le besoin d’une présence, n’importe laquelle, devient énorme… »

Anita Brookner : Regardez-moi

Regardez-moi

« Parfois, je voudrais que tout soit différent. Je voudrais être belle, paresseuse, gâtée et capricieuse. Bref, je voudrais une vie facile. Certaines nuits, après une de ces soirées silencieuses, je reste éveillée dans mon lit et je me demande si c’est ça mon destin, si cette solitude devra durer le restant de mes jours. De telles réflexions m’entraînent au bord de la panique. Parce que je demande davantage ; je trouve même que je le mérite. J’ai quelque chose à offrir. Je ne suis pas une beauté mais je suis agréable à regarder. En réalité, les gens me disent que je suis « charmante », ce qui me déprime toujours. C’est comme si on vous dit que vous êtes « brillant », ce qui ne veut strictement rien dire. Mais à part ça, je suis en bonne santé et j’ai largement de quoi vivre. J’ai peu de mauvaises habitudes en dehors de mon goût du sarcasme. Je ne suis pas croyante mais j’observe certaines règles de conduite avec une grande piété. Je ressens tout très profondément, je crois. Si je n’y fais pas attention, je deviendrai en vieillissant une épouvantable virago.

C’est pour ça que j’écris, c’est pour ça que j’en ai besoin. Quand la solitude m’enlise, me recouvre, me ternit, me rend pratiquement invisible…. »

Anita Brookner : Regardez-moi

Regarder le soleil en face.

 à lire sur http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/48008
Critiques libres de Gregory Mion:
Ce nouveau roman de Michèle Astrud imagine un avenir peut-être pas si lointain : la France affronte une canicule et une sécheresse historiques, les ressources naturelles diminuent, la citoyenneté se désagrège à cause des multiples pénuries, et tout ceci installe un monde où « voler, chaparder, survivre » deviennent des mots d’ordre de plus en plus partagés. La rupture croissante des fondations sociales vérifie en outre les grandes thèses de la philosophie politique qui soutiennent que les lois consistent non pas à restreindre les libertés individuelles, mais au contraire à les conserver et les optimiser. Nous avons donc ici un monde politiquement détraqué où chaque homme constitue une possibilité de violence envers autrui et lui-même, les lois n’existant plus que par intermittence, placées sous respiration artificielle. La difficulté de survivre dans des conditions climatiques insupportables transforme chaque individu en mesure affligeante de ses propres lois. Les plus forts et les plus rusés s’en sortent, les autres périssent. Il y a même une banalisation accrue de la mort : l’indifférence aux autres gagne en puissance, le renversement des émotions n’étant que la preuve d’un renversement malsain des valeurs importantes. Ce thème est certes classique dans les fictions, mais il a le mérite d’être soutenu par une narration habile qui redéfinit bon nombre de perspectives, un peu comme si l’on creusait quelques angles morts du roman Sécheresse de J.G. Ballard ou du film Le temps du loup de Michael Haneke, deux références conceptuellement proches de Nous entrerons dans la lumière. On pourrait encore songer au livre La route de Cormac McCarthy, ainsi qu’au très effrayant Je suis une légende de Richard Matheson. Cessons là cependant les comparaisons et voyons ce que le roman a dans le ventre.

L’histoire se place dans le sillage d’Antoine, un ancien professeur du secondaire qui a démissionné, passionné de photographie et plus généralement par tout ce qui touche à la technologie des images. Son goût des images fait par ailleurs de lui un archiviste de la nature. En effet, quoique la triste métamorphose du climat décompose l’environnement avec obstination, Antoine s’empresse de compiler des photographies et des films afin de mémoriser au maximum le monde naturel, avant qu’il ne s’évapore tout à fait sous le joug de cette chaleur étouffante. Il est en quelque sorte celui qui sauve la variété des phénomènes, celui qui permet aux apparences de subsister, leur attribuant tacitement la fonction d’enrichir l’expérience des générations prochaines qui seront malheureusement confrontées à un panorama de désolation. Par le caractère assez maladif de sa provision iconographique, par son acharnement à thésauriser les derniers sursauts d’une Terre expirante, Antoine incarne la figure de l’homme revenu de tous ses vieux rapports de force avec la nature. Les Prométhée ont été vaincus, disqualifiés par leurs propres prétentions, alors il faut maintenant laisser la place aux Orphée, aux âmes poétiques, aux artistes qui sont capables de nous montrer la nature comme une chose merveilleuse et non comme une simple ressource exploitable. C’est en cela que l’attitude d’Antoine est belle : le monde s’enlaidit inexorablement, il subit un assèchement qui lui donne des allures valétudinaires, mais l’ex-enseignant ne s’en offusque pas – il préfère détecter dans le monde des détails que nous n’avons pas encore aperçus et qui serviront ultérieurement à instruire notre regard. Pour le dire autrement, Antoine est celui qui nous apprend à regarder la nature indépendamment de l’intérêt que nous pourrions immédiatement en avoir. Ce qui compte désormais, ce n’est pas l’action que je pourrais entreprendre sur le monde, mais c’est plutôt la façon dont le monde pourrait agir en moi, la manière dont je pourrais laisser les choses naturelles me remplir et me bouleverser en dépit de leur apparente hostilité. Bergson parlerait ici d’un « révélateur », d’un découvreur, en somme d’un artiste qui nous dévoile quelque chose longtemps resté invisible, impensé.

On se doute toutefois qu’Antoine est bien seul dans ce futur plus ou moins proche. L’effondrement climatique du monde sous-entend l’épuisement d’un modèle économique qui n’a pas su anticiper les effets pervers de ses théories. Le pire, même si cela n’a rien de surprenant, c’est que les normes autrefois en vigueur ont tendance à se répéter dans ce nouveau contexte : seuls les plus riches ont accès aux moyens de transport raréfiés, seuls les privilégiés ont l’opportunité de quitter le pays pour migrer vers des zones moins touchées par l’aridité. D’après les informations qui circulent, l’Amérique semble avoir retrouvé son statut d’eldorado. On rêve d’Amérique comme jadis, on se prend à croire que le Nouveau Monde a renouvelé toutes ses promesses d’antan et qu’il a abandonné ses récentes prophéties auto-réalisatrices. D’une certaine manière, cette croyance constitue un garde-fou psychique pour l’Occident. Tant qu’il nous reste l’Amérique, nous n’avons pas tout perdu, d’autant que le roman, fort subtilement d’ailleurs, suggère que les pays que l’on considérait hier encore comme des nations émergentes ne souhaitent pas s’associer aux flux migratoires actuels. Les Occidentaux payent l’addition de leurs politiques à la fois colonisatrices et isolationnistes. Ils subissent la fermeture des frontières de la part de ceux qu’ils ont toujours estimé avec une copieuse arrogance. Pour une fois, les catastrophes naturelles n’ont pas frappé les zones les plus pauvres de la planète. Il semble à l’inverse que le plus grave accident du climat jamais recensé s’abatte sur les territoires censément les plus prospères. Disons-le enfin sans ambiguïté : si la prospérité de l’Occident avait été réelle, la crise suscitée par la sécheresse aurait occasionné des réponses morales moins isolées et non pas le développement collectif d’une féroce anarchie. Après tout, les canicules continues de l’Afrique n’ont jamais contredit les repères culturels les plus efficaces de ces endroits, ni la solidarité indiscutable qui règne dans ces coins les plus déshérités du monde. Le libéralisme n’a pas trouvé là-bas de quoi s’implanter durablement ou avec autant de force que chez nous.

Conformément à cela, Antoine est aussi un genre de survivant providentiel, un guide discret qui pourra bientôt superviser l’hypothèse d’une reconstruction morale de la société civile. On le voit du reste très bien avec les relations qu’il mène avec sa fille Chloé, internée depuis plusieurs années dans un centre de soins pour enfants à cause d’un accident qui a affecté sa mémoire, un événement fâcheux dans lequel son père a eu de surcroît quelque responsabilité. Or à présent que le climat délétère a modifié la donne sociale et que toutes les institutions sont vouées à disparaître, Chloé est contrainte de sortir de son confinement médical, ce qui met Antoine en position de se repentir et de prendre le taureau par les cornes. Il se démène pour que sa fille retrouve la mémoire, au même titre qu’il se met en quatre pour constituer un mémorial de la nature. Ces deux actions sont évidemment concomitantes : en se battant pour que sa fille se ressouvienne de ce qu’elle était, Antoine se bat pour que le monde autour de lui puisse être l’objet de futures réminiscences essentielles. En d’autres termes, si Chloé parvient à reconquérir son Moi de l’ancien climat, elle symbolisera une jeunesse plus forte, plus vigoureuse, elle sera une force vive dans la perspective des reconstructions à venir.
On aboutit en définitive à cette « entrée » dans la lumière proclamée par le titre du roman. Elle pourrait s’interpréter en deux temps : d’abord entrer dans la lumière pour conjurer les ténèbres d’une société en perdition, ne pas avoir peur de ce nouveau soleil de plomb, puis entrer dans la lumière, surtout, pour retrouver la clarté solaire des êtres qui vont de l’avant, qui se lancent dans le monde pour l’irriguer d’une énergie surhumaine. Ainsi se révèle le binôme Antoine/Chloé, et leur mission cosmique doit également intégrer les projets avortés de Sonia, une jeune créatrice avec qui Antoine partagea beaucoup par le passé et qui revient dans sa vie par une porte dérobée. Sonia apporte en ce sens une intensité romanesque décisive et nous nous garderons bien entendu d’en délivrer la trajectoire.

Les lectures de Xapur

 à lire sur:https://bibliosff.wordpress.com/2016/04/03/nous-entrerons-dans-la-lumiere-michele-astrud/#more-4278

Nous entrerons dans la lumière est situé dans une France victime d’une catastrophe climatique d’origine relativement inconnue. Une canicule intense, une société laissée à elle-même où ne subsiste que quelques bastions d’ordre et de sécurité, peu d’informations qui filtrent jusqu’à la population, c’est un sentiment de fin du monde qui s’installe progressivement sans que l’auteure ne nous donne trop de détails sur le contexte global.

Elle préfère se focaliser sur ses deux personnages principaux. Antoine, le père, resté seul dans une grande maison qui tombe en ruines, souvent apathique, ne vit guère que pour aller visiter sa fille. Celle-ci, Chloé, traumatisée par une agression subie alors qu’elle était enfant, est instable psychologiquement et ne reconnait pas toujours son père.

Obligé de la prendre en charge, Antoine va se lancer dans un périple sur les traces d’un ancien amour de jeunesse, une cinéaste dont il va chercher à préserver l’héritage artistique. Une occasion forcée de quitter sa ville, traverser un pays devenu inhospitalier et de se confronter à sa fille, la (re)découvrir et apprendre à la connaître, à l’aimer encore.

Récit post-apocalyptique, cli-fi (ou fiction climatique), voyage qui traite de l’amour filial, des souvenirs, passions et obsessions, du sentiment de culpabilité, dans un monde qui s’écroule, Nous entrerons dans la lumière est tout cela et est porté par la plume particulière de Michèle Astrud, toute en délicatesse et subtilité. Elle brosse ici le portrait de deux personnages intéressants et profondément humains, le père englué dans ses souvenirs et sa passion pour l’art, la fille psychotique mais attachante, qui va évoluer pendant leur exil forcé. Vers un avenir qu’on devine difficile mais profondément optimiste. Un court roman touchant et émouvant.