SFEMOI

à lire sur http://sfemoi.canalblog.com/archives/2016/03/25/33565813.html

L’homme a une fois de plus salopé sa planète et la bombe climatique qu’il a façonnée est en train de lui péter à la gueule. La France subit une sécheresse depuis déjà trois ans et les institutions du pays se délitent progressivement. Dans un pays où le règne du plus fort est en train de s’instaurer, un homme va tenter de renouer une relation avec sa fille malade tout en essayant de sauver les archives vidéo d’une vieille amie.

Cela fait déjà un paquet d’années que le post-apo a débordé les strictes limites de la SF pour se faire une petite place en littérature blanche. Il y a ainsi eu « Le voyage d’Anna Blume »  de Paul Auster et « La route »  de Cormac McCarthy pour ne citer que les plus célèbres. Mais bien d’autres ont depuis emboîté le pas à ces auteurs reconnus.

Rien de surprenant à cela. Le post-apo est un terrain propice aux expérimentations de toutes sortes, une façon de tabula rasa où l’écrivain peut, tout en conservant une part plus ou moins grande de notre réalité quotidienne, affranchir ses personnages des lois et des conventions de la société qu’il fait disparaître. Il peut ainsi les confronter au débordement des passions, tester leurs réactions face à l’inconnu, les laisser, au choix, détruire ou reconstruire, inventer ou régresser. Le post-apo, c’est le champ de tous les possibles.

La cause de l’apocalypse est en revanche assez secondaire. Dans « Nous entrerons dans la lumière » c’est une sécheresse exceptionnelle qui a raison de la cohésion de la société française. On ne sait presque rien de son origine. On ne peut qu’en constater les effets : la fuite à l’étranger de ceux qui en ont les moyens, le repli égoïste de ceux qui ont encore quelque chose, le rassemblement en meutes de jeunes loups de ceux qui n’ont plus rien.

Antoine le narrateur n’a lui-même plus grand-chose si ce n’est des responsabilités. Des responsabilités envers sa femme qui le presse de le rejoindre en Amérique ; envers l’oeuvre de documentariste de Sonia son amour de jeunesse ; envers sa fille Chloé, internée dans une institution psychiatrique depuis une dizaine d’années.

Trois femmes donc et trois façons de penser sa vie. Celle de son épouse tout d’abord qui ne pense qu’à l’avenir, à épargner, à prévoir, à se faire une situation fut-ce au détriment de sa famille. Celle de l’assistante de Sonia qui garde les yeux rivés vers le passé, ne pense qu’à conserver ses archives, préserver la mémoire bref qui ne vit  que pour et par des souvenirs. Il y a enfin sa fille qui, elle, est profondément ancrée dans le présent. Sans mémoire du passé et sans attente précise de l’avenir, elle ne réclame qu’un peu de temps et d’attention, des moments de partage, joies et peines confondues.

En fait, cette histoire m’a semblé être une parabole non pas sur le sens de l’existence mais sur la façon dont nous choisissons de l’affronter. Et c’est précisément là que cet univers post-apocalyptique retenu par l’auteur prend tout son sens puisque ce sont les évènements qui vont imposer leur choix aux personnages.

La précarité de leur situation va en effet leur imposer de vivre dans l’instant. Par la force des choses, Antoine va se dépouiller de son ancienne vie, de son confort et de toutes les choses qu’il croyait indispensables. Il retrouvera alors la spontanéité qu’il avait perdue et finira par accepter ce présent qui n’est pas nécessairement oubli du passé ni rejet du futur mais qui au contraire se nourrit des expériences vécues tout en demeurant ouvert à la nouveauté.

Cette histoire de relation père/fille dans un monde en pleine transformation est donc particulièrement touchante. J’ai pour ma part beaucoup aimé ce portrait de père qui prend enfin le temps de regarder grandir sa fille et qui finit par se rendre compte que les enfants sont bien plus forts qu’on ne le pense et sans doute plus aptes que nous à affronter le futur. Et d’ailleurs, le futur, n’est-ce pas eux ?

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